Les incendies estivaux qui frappent l'Europe pourraient s'aggraver considérablement dans les décennies à venir. Selon une étude de l'Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique (PIK), publiée jeudi, la surface des zones brûlées autour de la Méditerranée pourrait augmenter de près de 40 % d'ici la fin du siècle, même dans un scénario de réchauffement modéré.
Des surfaces brûlées en hausse même avec un réchauffement limité
Les chercheurs du PIK ont calculé qu'environ 39 % de surfaces supplémentaires seraient brûlées chaque année d'ici 2100 dans un scénario « bas » d'augmentation des gaz à effet de serre et de réchauffement climatique. Ce résultat est obtenu avec l'un des deux modèles d'évolution des feux testés par les scientifiques. Le second modèle suggère un possible recul des surfaces brûlées à ce niveau de réchauffement, grâce à une meilleure gestion des incendies. Cependant, les auteurs de l'étude préfèrent prendre ce second résultat avec des pincettes, car il est fondé sur des données historiques qui ne sont pas forcément extrapolables à l'avenir.
« Nos résultats indiquent qu'il pourrait y avoir des augmentations généralisées des superficies brûlées même en cas de réchauffement relativement bas d'environ 1,8 °C à l'échelle mondiale », indique Maik Billing, chercheur au PIK et auteur principal de l'étude. Il ajoute : « Dans des conditions météorologiques d'incendie de plus en plus extrêmes, le comportement des feux peut devenir plus imprévisible, et les incendies peuvent dépasser les capacités de lutte contre les incendies, même les plus développées. »
Un quasi-triplement des surfaces brûlées en cas de fort réchauffement
Les résultats deviennent sans ambiguïté en cas de hausse plus marquée des émissions de gaz à effet de serre. « Si nous émettons plus et que les températures mondiales augmentent d'environ 3,6 °C, nous constatons que les incendies deviennent beaucoup plus fréquents, en particulier autour de la Méditerranée et dans une grande partie de l'Europe centrale et occidentale, y compris dans des régions qui n'ont pas connu beaucoup d'incendies jusqu'à présent », précise Maik Billing.
Dans ce scénario « haut », la surface brûlée augmenterait d'environ 192 % d'ici 2100, soit un quasi-triplement. Toutefois, les auteurs estiment que les améliorations dans les capacités de gestion des feux pourraient « substantiellement modérer » ces augmentations, en réduisant la surface brûlée de 72 à 92 % par rapport aux scénarios établis sans prendre en compte ces améliorations. Mais le potentiel de ces mesures resterait limité en cas de fort réchauffement.
Investir dans la gestion des feux pour faire face
« Les conditions propices aux incendies s'intensifient, donc nous devons investir davantage. Si l'Europe augmente ses investissements dans la gestion des feux de forêt : formation des équipes de pompiers, équipement adapté, bonne coordination, etc., nos projections montrent que cela peut faire une différence significative », souligne Thomas Hickler, co-auteur de l'étude. Il met toutefois en garde : « Mais si les incendies deviennent vraiment extrêmes, notre capacité à les contenir pourrait s'effondrer, et nous ne savons pas encore où se situe ce point de bascule. Les récents incendies records en France montrent clairement que nous ne pouvons pas simplement extrapoler à partir des expériences passées. »
Cette étude est publiée alors que l'Europe est touchée par des feux dévastateurs cet été, alimentés par la chaleur et la sécheresse, en Belgique, en Espagne, en France ou encore en Grèce. Les chercheurs appellent à une préparation accrue face à des incendies plus fréquents et plus violents, notamment autour du bassin méditerranéen.



