Israël-Turquie : la Syrie devient un nouveau foyer de tensions
Israël-Turquie : la Syrie, nouveau foyer de tensions

Les relations entre Israël et la Turquie, autrefois étroites, ne sont plus qu'une succession de défiances et de maintien à distance pour éviter toute crise ouverte. Depuis l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza, le président turc Recep Tayyip Erdogan est devenu l'un des dirigeants les plus critiques envers Israël.

Des relations qui se dégradent fortement

Erdogan a vertement critiqué l'offensive israélienne à Gaza, et les relations se sont encore détériorées après les interceptions brutales par Israël d'une flottille venue de Turquie qui cherchait à acheminer de l'aide à Gaza. Depuis ce mois d'août, la Syrie devient un nouveau foyer de tensions entre les deux pays. La Turquie soutient les nouvelles autorités syriennes et participe à la reconstruction et à la formation de ses forces militaires. Israël, de son côté, cherche à empêcher que des forces militaires hostiles s'installent dans la nouvelle Syrie. Les États-Unis cherchent désormais à apaiser la situation entre Israël, la Turquie et la Syrie, afin d'éviter qu'un incident militaire ne dégénère.

Un aéroport bombardé met le feu aux poudres

Mardi, des avions de combat ont bombardé un aéroport militaire hors-service dans le nord-ouest de la Syrie, juste après la visite d'une délégation turque dans le cadre de sa rénovation. Israël affirme vouloir empêcher une présence militaire turque à cet endroit. Ankara a condamné les frappes et rejeté les accusations israéliennes. « Nous affirmons qu'il n'y avait aucune délégation militaire turque sur la base aérienne d'Abu Ez-Zuhur avant ou pendant l'attaque menée par Israël contre cette base en Syrie », a déclaré à la presse un responsable du ministère turc de la Défense. La Turquie a aussi prévenu ce jeudi qu'elle continuera « résolument » de protéger l'intégrité et la souveraineté de la Syrie. « Les attaques contre l'aéroport militaire d'Abu Ez-Zuhur visent à attenter à la stabilité, à la sécurité, à l'unité et à l'intégrité de la Syrie », a déclaré à la presse le contre-amiral Zeki Akturk.

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Une élection en Israël qui n'arrange rien

Après plus de deux ans à faire feu de tout bois contre les adversaires d'Israël au Moyen-Orient, le Premier ministre Benyamin Netanyahou, confronté à une campagne électorale difficile pour sa réélection, semble jeter son dévolu sur un autre ennemi présumé : la Turquie. Ce jeudi, son ministre de la Défense, Israël Katz, a accusé Recep Tayyip Erdogan de s'engager dans de « dangereuses aventures en Syrie », ajoutant qu'Israël « ne permettra à aucune entité de menacer sa sécurité ». Dans le cadre de sa campagne, Netanyahou a fait afficher les photos de plusieurs dirigeants, dont le président turc Erdogan, avec la mention : « Ils veulent voir perdre Netanyahou ».

La Turquie, un pays aux nombreux alliés

Contrairement à d'autres pays en conflit avec Israël, la Turquie dispose de puissants alliés. Elle est membre de l'Otan et jouit de bonnes relations avec les États-Unis, dont l'ambassadeur à Ankara a condamné les frappes israéliennes. La Turquie a été le premier pays majoritairement musulman à reconnaître l'État d'Israël et entretient de solides relations commerciales avec lui, même si Ankara a dit, pendant la guerre à Gaza, vouloir y mettre fin.

Des positions qui divisent en Israël

Ces tensions divisent aussi les Israéliens, à gauche comme à droite. Yaïr Golan, chef des Démocrates, l'opposition de centre gauche, a qualifié l'attaque en Syrie de « provocante et dangereuse ». Cela « nous rapproche d'une confrontation avec la Turquie et aggrave la fracture avec nos alliés, au premier rang desquels les États-Unis », a-t-il estimé. « Une fois encore, la force militaire est employée pour répondre à des considérations politiques ». Mais le rejet d'Erdogan, qui a autorisé les dirigeants du Hamas à vivre dans son pays, dépasse les cercles de Netanyahou. Plus tôt cette année, Naftali Bennett, figure de l'opposition de centre-droit et ancien Premier ministre, avait accusé Netanyahou d'ignorer « la nouvelle menace turque » en « se concentrant exclusivement sur l'Iran ».

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Le « théâtre du conflit des autres »

Historiquement, les intérêts de la Turquie en Syrie ont toujours consisté à endiguer le séparatisme kurde, dont la région est à cheval sur les deux pays. Aujourd'hui, sa priorité est davantage de relancer l'économie syrienne pour que les réfugiés présents sur son sol puissent s'y réinstaller, mais aussi de se forger un allié régional solide, au moment où la Grèce, Chypre et Israël s'opposent à la Turquie en Méditerranée orientale, indique Gönül Tol, chercheuse au Middle East Institute, à Washington. Ankara a soutenu le président syrien Ahmad el-Chareh, ancien djihadiste sunnite et chef de la coalition qui a chassé le président Bachar al-Assad, mettant fin à 13 ans de guerre civile. Pour la Syrie, le défi est de cesser d'être le théâtre du conflit des autres, observe Maher Tamran, écrivain et chercheur à Damas. « Elle doit profiter de la rivalité israélo-turque pour reprendre possession de sa souveraineté ».