Les puissantes mâchoires de la broyeuse avalent une paire de Nike TN flambant neuve et n'en recrachent que des lambeaux. À côté, les bobs Jacquemus, les lunettes Gucci, les sacs Vuitton, les maillots de l'OM et autres claquettes Hermès attendent leur tour, tandis que les douaniers font la chaîne pour amener ces articles jusqu'à la broyeuse.
Ce jeudi, les douanes de Marseille ont procédé à la destruction de marchandises saisies en février dernier lors d'une vaste opération ayant visé le « Marché du soleil », authentique temple de la contrefaçon phocéenne, fermé administrativement depuis pour six mois. Plus de 200.000 articles, pour une valeur de 42 millions d'euros y avaient alors été saisis, rappelle Nicolas Bessone, le procureur de la République, accompagné de la préfète de police Corinne Simon.
Les deux représentants de l'État se sont félicités du coup porté à ce souk qui existe depuis quarante ans et « devenu un marché de contrefaçon qui fait de la concurrence déloyale aux marques et alimente l'économie souterraine et parallèle ». Symbole de son acceptation jusqu'alors et de son ancrage dans le paysage marseillais, le Marché du soleil figurait dans tous les must-see des guides touristiques et se trouve à l'origine d'une célèbre chanson du groupe Massilia Sound System aux 9 millions de vues sur YouTube.
Un milliard d'euros et 38.000 emplois de perdu
Pour y mettre fin, les autorités ont notamment utilisé la dernière loi contre le narcotrafic, permettant la fermeture administrative d'établissement dès lors qu'il y a une suspicion de blanchiment d'argent. « La contrefaçon représente une perte d'un milliard d'euros par an de taxe et de 38.000 emplois en France », assure Delphine Sarfati, représentante de l'Union des fabricants (Unifab), présente pour l'occasion. Se saisissant d'un sac Vuitton, elle s'étonne : « Voyez, ce modèle n'existe pas, c'est une première manière de repérer les contrefaçons. » L'experte les détecte aussi à l'odeur, celle d'un cuir qui en n'est pas un, au doublage intérieur en plastique, ou encore aux coutures.
Car dans les arrière-boutiques du Marché du soleil, les douaniers ont également saisi des machines à coudre et à floquer. Souvent importés nus d'Asie du sud-est, de Turquie ou de Chine, ces articles étaient ensuite assemblés par les commerçants contrevenants, qui y apposaient ensuite les logos des grandes marques, expédiés par leurs fournisseurs séparément. Jugées dangereuses pour l'économie par les autorités, ces marchandises peuvent également l'être pour les consommateurs. En cause : des taux de plombs trop élevés dans les teintures, des textiles inflammables, des verres de lunettes sans filtre UV.
Quinze personnes répondront à partir de ce lundi devant le tribunal correctionnel pour ce commerce illégal. Parmi elles, quatre agents de l'État - trois policiers municipaux et une agente de la préfecture - seront jugés pour corruption passive et trafic d'influence. Les autres prévenus, commerçants du marché, sont essentiellement renvoyés pour détention de marchandises contrefaites et blanchiment d'argent.



