Le professeur Christian Jorgensen, directeur de l'IHU Immun4Cure de Montpellier, a fait le point sur les premières années de fonctionnement de l'institut, trois ans après l'annonce de sa création. Interrogé par Midi Libre, il se montre confiant : « On avance plus vite que prévu », une dynamique portée par une sélection européenne et un partenariat industriel majeur.
Une reconnaissance européenne et un partenariat avec Sanofi
L'IHU de Montpellier a été retenu dans un appel d'offres européen, étant le seul centre français avec l'AP-HP de Paris. Il rejoint ainsi l'hôpital universitaire de la Charité de Berlin en Allemagne, ainsi que les hôpitaux de Milan en Italie et de Barcelone en Espagne. Cette reconnaissance permet à l'institut de partager son expertise sur les maladies auto-immunes.
Le partenariat signé avec Sanofi en 2025 constitue un accélérateur de recherche. L'IHU participe à un écosystème de cinq centres de ce type dans le monde, situés à Berlin, Barcelone, Shanghai et Marseille. « C'est gagnant-gagnant avec Sanofi : ils nous permettent d'aller plus vite sur la recherche, et on les aide à aller plus vite sur les essais thérapeutiques de phase précoce », explique Christian Jorgensen.
Un recentrage sur trois maladies et un nouveau bâtiment
Initialement, l'IHU devait axer ses travaux sur cinq maladies auto-immunes. Ce nombre a été réduit à trois, une décision jugée nécessaire « pour ne pas s'éparpiller ». Par ailleurs, le projet de construction d'un bâtiment propre sur le site de la Colombière, prévu pour 2025, est abandonné. « Le projet ne se fera pas, et c'est finalement une bonne chose car on aurait perdu du temps », affirme le professeur.
À la place, l'Université a mis à disposition l'ancien laboratoire de géoscience sur le campus dédié à la chimie. Cette nouvelle implantation ouvre des opportunités pour travailler sur les thérapies basées sur la combinaison des ARN et des nanoparticules. Cette approche, qui s'appuie sur l'intelligence artificielle, vise à proposer des thérapies ciblées pour chaque patient. « C'est quelque chose que je n'avais pas anticipé il y a trois-quatre ans », reconnaît-il.
Des avancées concrètes dans les essais cliniques
Christian Jorgensen se dit particulièrement fier du premier essai français de lymphocytes modifiés, les CAR-T, pour des patients atteints de sclérodermie. « On vient d'inclure notre première patiente ! » annonce-t-il. L'activité clinique est menée à l'hôpital Saint-Eloi, tandis que les recherches se poursuivent à l'IRMB (Institut de médecine régénératrice et de biothérapie) sur les sites des hôpitaux Saint-Eloi et Gui-de-Chauliac.
La recherche sur la médecine réparatrice reste d'actualité, avec la filière française et européenne de thérapies cellulaires The Drug Cell, dont l'Université et le CHU de Montpellier sont partenaires. Les travaux portent sur les iPS (cellules souches pluripotentes induites), avec un programme d'application dans l'arthrose et la sclérodermie. Pour l'arthrose, l'inclusion de patients dans un essai clinique est prévue à partir de 2028.
Concernant la régénération du cartilage, les résultats obtenus avec les cellules souches mésenchymateuses n'ont pas été suffisants, mais les recherches se poursuivent avec les nouvelles approches thérapeutiques.