L'intelligence artificielle générative provoque un nouveau séisme dans le secteur des médias, déjà fragilisé par deux décennies de bouleversements numériques. Selon une étude récente, les médias pourraient perdre jusqu'à 30 % de leurs clics d'ici 2026, car les internautes utilisent de plus en plus des chatbots pour obtenir des informations directement, sans passer par les sites d'actualité. Cette tendance menace directement le modèle économique de la presse, qui dépend fortement de la publicité en ligne et des abonnements.
Une dépendance accrue aux plateformes
Les médias ont déjà subi de plein fouet l'arrivée de Google et de Facebook, qui ont capté une grande partie des revenus publicitaires. Aujourd'hui, l'IA générative, comme ChatGPT ou Google Bard, pourrait aggraver cette situation. En effet, ces outils répondent directement aux questions des utilisateurs en synthétisant des informations issues de diverses sources, sans que les internautes aient besoin de cliquer sur les articles originaux. Selon une étude du Reuters Institute, 40 % des utilisateurs de chatbots déclarent consulter moins de sites d'actualité depuis qu'ils utilisent ces outils.
Cette évolution est d'autant plus préoccupante que les médias ont déjà perdu une grande partie de leur lectorat au profit des réseaux sociaux. Selon une enquête de l'Ifop, la fréquentation des sites de presse a chuté de 15 % en moyenne sur les cinq dernières années. Les jeunes générations, en particulier, privilégient les formats courts et les recommandations algorithmiques, ce qui les éloigne des marques de presse traditionnelles.
Des réponses contrastées selon les éditeurs
Face à cette menace, les éditeurs de presse réagissent de manière contrastée. Certains, comme le groupe Le Monde, misent sur la qualité et la différenciation de leurs contenus, en développant des offres d'abonnement premium et des newsletters spécialisées. D'autres, plus pessimistes, envisagent de réduire leurs coûts ou de diversifier leurs sources de revenus, notamment en vendant des données ou des services de conseil.
Certains médias tentent également de négocier des accords de licence avec les entreprises d'IA, afin d'être rémunérés lorsque leurs contenus sont utilisés pour entraîner les modèles. Cependant, ces négociations sont souvent complexes et les montants proposés restent faibles par rapport aux pertes potentielles. Par ailleurs, des éditeurs comme l'Associated Press ont signé des partenariats avec OpenAI, tandis que d'autres, comme le New York Times, ont choisi la voie judiciaire, intentant des procès pour violation de droits d'auteur.
Un avenir incertain pour la presse
L'avenir des médias dépendra de leur capacité à s'adapter à cette nouvelle donne technologique. Certains experts estiment que l'IA pourrait également offrir des opportunités, notamment en automatisant certaines tâches de production ou en personnalisant les contenus pour chaque lecteur. Cependant, ces innovations nécessitent des investissements importants, que peu de médias peuvent se permettre.
Selon une étude du Pew Research Center, 77 % des journalistes interrogés estiment que l'IA aura un impact négatif sur leur profession dans les cinq prochaines années. Cette inquiétude est partagée par les syndicats de journalistes, qui appellent à une régulation plus stricte de l'IA afin de protéger la diversité de la presse et la fiabilité de l'information.
Dans ce contexte, les pouvoirs publics pourraient jouer un rôle clé. En France, le gouvernement a lancé une consultation sur l'impact de l'IA sur les médias, et des discussions sont en cours au niveau européen pour encadrer l'utilisation des contenus protégés par le droit d'auteur dans les modèles d'IA. Cependant, les mesures concrètes se font attendre, et les médias restent dans l'expectative face à une évolution technologique rapide et imprévisible.
En attendant, les journalistes et les éditeurs doivent redoubler d'ingéniosité pour maintenir leur audience et leurs revenus. Certains misent sur le journalisme de proximité, d'autres sur les contenus vidéo ou les podcasts. Mais tous reconnaissent que la bataille pour l'attention est devenue plus féroce que jamais, et que l'IA pourrait bien être la prochaine disruption majeure, après Internet et les réseaux sociaux.



