L'agence Fitch Ratings a maintenu vendredi la note de la dette souveraine de la France à « A+ » avec une perspective stable, malgré des prévisions de déficit public relevées à 5,2 % du PIB pour 2026. L'organisme salue la résilience économique du pays tout en soulignant les difficultés liées à l'absence de majorité politique pour assainir les finances publiques.
Une décision attendue dans un contexte économique tendu
Dans son communiqué, Fitch a relevé que l'économie française restait « résiliente » – vaste et prospère, disposant d'un secteur bancaire solide et d'une base d'investisseurs diversifiée –, même si « la croissance à court terme restera modeste ». Cette décision intervient à quelques semaines de la présentation du dernier budget du gouvernement, avant l'élection présidentielle, et alors que la question de la dette revient au cœur des débats.
Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a indiqué vendredi « prendre acte » de la décision de l'agence, dans une déclaration envoyée à la presse. « Le gouvernement reste pleinement mobilisé pour contenir le déficit public et la dette, dans un cadre responsable et équilibré, afin de garantir dans la durée la stabilité financière ainsi que la compétitivité et la croissance de l'économie française », a-t-il ajouté.
Des prévisions de déficit revues à la hausse
Depuis septembre 2025, Fitch note la France « A+ », considérant sa dette comme « de qualité moyenne supérieure ». L'agence maintient sa perspective stable, mais souligne que la France est pénalisée « par un endettement élevé et en hausse, un contexte politique et social rendant difficile l'assainissement budgétaire, ainsi qu'un faible potentiel de croissance ».
Lors de sa dernière actualisation, début mars, Fitch saluait déjà la solidité de l'économie française et de ses institutions, tout en pointant une dette publique élevée et un contexte politique limitant les possibilités d'assainir les finances publiques. À l'époque, l'agence misait sur un déficit public de 4,9 % du PIB pour 2026, un chiffre proche de l'objectif gouvernemental de 5 %. Mais depuis, Roland Lescure a admis que cette cible serait « difficile à atteindre ».
Vendredi, Fitch s'est montrée plus pessimiste, prévoyant un déficit de 5,2 % du PIB en 2026, 5,5 % en 2027 et 5,2 % en 2028. « Ces projections de déficit sont supérieures à celles de la dernière révision, reflétant une croissance plus faible, des dépenses d'intérêts plus élevées et des engagements supplémentaires en matière de défense », a expliqué l'agence.
L'élection présidentielle, un enjeu central pour la dette
À un peu plus d'un mois de la présentation du dernier projet de budget du quinquennat, le Premier ministre Sébastien Lecornu n'a pas encore fixé d'objectif de déficit pour 2027. Pour l'économiste Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco, ce budget n'aura pas une grande incidence sur le long terme, contrairement à l'élection présidentielle de 2027. « La question centrale, quand on évalue la dette, c'est la projection de long terme. Et tout le sujet, c'est de savoir ce qu'il sortira de l'élection présidentielle », affirme-t-il.
Fitch abonde dans ce sens : « La fragmentation politique persistante » du pays, sans majorité au Parlement, « constitue une faiblesse majeure pour la notation, car elle réduit la capacité des autorités à mettre en œuvre un ajustement budgétaire durable et limite la prévisibilité des politiques ». La dette publique, qui atteignait 117,5 % du PIB fin mars selon l'Insee, alimente les débats politiques. Récemment, Jean-Luc Mélenchon a affirmé vouloir annuler une partie de la dette française, suscitant l'ire des candidats de la droite et du centre.
Les deux autres grandes agences de notation doivent se prononcer sur la note française dans les mois à venir : Moody's le 23 octobre puis S&P Global Ratings le 27 novembre. Cette dernière a abaissé la note française à « A+ » à l'automne dernier, avec une perspective stable, tandis que Moody's classe toujours la dette française « Aa3 », en bas de la catégorie « qualité haute ou bonne ».



