Et si les vagues de chaleur et les forêts qui brûlent n'étaient ni de simples catastrophes naturelles ni des conséquences mécaniques de l'activité humaine, mais les réactions d'une matière agissante ? C'est la thèse que défendent les philosophes Jeanne Etelain et Patrice Maniglier, qui voient dans les événements de cet été une occasion de repenser notre rapport à la nature. Une théorie qui pourrait nous aider à mieux éviter les sinistres.
Voltaire, premier responsable de notre aveuglement ?
Cet été a mis le feu… à Voltaire ! Selon les philosophes Jeanne Etelain et Patrice Maniglier, la série de canicules qui a assommé la France et les incendies qui ont ravagé quelque 120 000 hectares de territoire ont aussi carbonisé l'auteur de « Candide ». En 1756, Voltaire a en effet écrit un célèbre texte sur une catastrophe – un tremblement de terre qui avait anéanti Lisbonne – pour soutenir qu'il ne s'agissait pas d'un châtiment envoyé par Dieu, mais d'un événement entièrement naturel, derrière lequel il ne fallait pas chercher de signification morale.
Le but de Voltaire était louable : lutter contre l'obscurantisme. Mais selon Patrice Maniglier, enseignant à l'université Paris-Nanterre, ce faisant, il a inauguré la croyance que les catastrophes naturelles ne sont que des aléas, des accidents dus à de la matière inerte, sans rapport avec l'activité humaine. Or, ce qui était vrai en son temps ne l'est plus d…
Une matière agissante plutôt qu'inerte
La théorie avancée par les deux philosophes remet en cause cette vision héritée des Lumières. Au lieu de considérer la nature comme un simple décor passif, ils proposent de la voir comme une matière agissante, capable de réagir et d'interagir avec les activités humaines. Cette perspective permettrait de mieux comprendre les mécanismes à l'œuvre derrière les canicules et les incendies, et donc de mieux les anticiper.
Les incendies qui ont ravagé 120 000 hectares cet été, ainsi que les canicules qui ont frappé la France, ne seraient ainsi pas de simples accidents météorologiques, mais les signes d'une nature qui réagit. Une approche qui pourrait changer notre façon de prévenir les sinistres.
Une théorie pour mieux éviter les sinistres
Si cette théorie peut sembler abstraite, elle a des implications très concrètes. En reconnaissant que la matière n'est pas inerte, on pourrait développer de nouvelles stratégies pour éviter les catastrophes. Au lieu de simplement subir les événements climatiques, il s'agirait de comprendre comment nos actions interagissent avec une nature active.
Les travaux de Jeanne Etelain et Patrice Maniglier offrent ainsi une clé de lecture nouvelle pour appréhender les défis climatiques actuels. Une invitation à dépasser le cadre hérité de Voltaire pour mieux répondre aux urgences du présent.



