Deux figures bien connues du paysage audiovisuel français changent de chaîne cet été, et leurs trajectoires croisées alimentent les conversations. Sonia Mabrouk, éditorialiste politique sur CNews, rejoint Europe 1, tandis que Benjamin Duhamel, chroniqueur économique sur BFM Business, s'engage sur RTL. Ces mouvements, rapportés par la presse spécialisée, illustrent une forme de brouillage des frontières entre les médias d'information.
Les deux journalistes partagent un parcours similaire : tous deux ont débuté dans des médias considérés comme « traditionnels » avant de rejoindre des chaînes souvent étiquetées à droite de l'échiquier médiatique. Sonia Mabrouk, passée par France 24 et Radio France, avait rejoint CNews en 2019. Benjamin Duhamel, fils du célèbre éditorialiste, a fait ses armes à BFM Business, chaîne du groupe Altice.
Leur départ simultané de ces antennes provoque des réactions contrastées. Certains y voient une forme de « transfuge » assumé, d'autres une simple évolution de carrière. Dans une tribune publiée par Libération, le critique des médias Daniel Schneidermann analyse ces déplacements avec ironie, notant que « les transfuges sont toujours accueillis avec une certaine méfiance, comme si on leur reprochait d'avoir changé de camp ».
Un jeu de chaises musicales médiatique
Ce double mouvement intervient dans un contexte de recomposition du paysage audiovisuel. Europe 1, rachetée par le groupe Bolloré en 2021, cherche à renforcer sa grille avec des voix identifiées. RTL, de son côté, mise sur des profils économiques pour élargir son audience. Les deux chaînes ont confirmé ces recrutements, sans toutefois préciser les dates de prise de fonction.
Pour Sonia Mabrouk, ce retour sur une station généraliste pourrait signifier un élargissement de son public, elle qui animait une émission politique quotidienne sur CNews. Pour Benjamin Duhamel, le passage à RTL représente une opportunité de toucher un auditoire plus large, loin de la spécialisation économique de BFM Business.
Des trajectoires qui interrogent
Ces départs posent question sur la perméabilité entre les médias dits « mainstream » et ceux souvent qualifiés de « concurrents ». Les deux journalistes, qui ont souvent critiqué les médias traditionnels, se retrouvent aujourd'hui dans des groupes qui les incarnent. Une situation que Daniel Schneidermann résume avec malice : « On change de chaîne, mais on garde ses habitudes ».
Les réactions sur les réseaux sociaux sont vives. Certains internautes saluent la diversité des parcours, d'autres dénoncent une « trahison » idéologique. Mais au-delà des commentaires, ces mouvements témoignent d'une réalité : les frontières médiatiques sont de plus en plus poreuses, et les carrières se construisent souvent en zigzag.
Un impact à moyen terme
À court terme, ces départs ne devraient pas bouleverser l'audience des chaînes concernées. CNews et BFM Business disposent de viviers de remplaçants, et les grilles sont déjà bouclées pour la rentrée. Mais à plus long terme, ils pourraient inciter d'autres journalistes à suivre le mouvement, brouillant encore davantage les lignes éditoriales.
Les deux intéressés n'ont pas encore commenté publiquement leur décision, mais des sources internes indiquent qu'ils se réjouissent de ces nouveaux défis. Rendez-vous est pris pour la rentrée de septembre, où ils feront leurs premiers pas sur leurs nouvelles antennes. D'ici là, les spéculations vont bon train sur les émissions qu'ils animeront et sur la tonalité qu'ils adopteront.



