Fabienne Candela, directrice du théâtre Le Tribunal d'Antibes, annonce son départ après de longues années à la tête de cette institution. Elle laisse sa place à Fabien Buzenet, présent depuis dix ans. « Je ne suis pas triste. Avec le temps qui passe, on apprend qu'il faut savoir laisser sa place à d'autres envies, d'autres projets », confie-t-elle.
Un départ mûri entre raison et intuition
Pour Fabienne Candela, cette décision est un mélange de longue maturation et de coup de tête. « On se rend compte que le moment est venu, tant pour moi que pour ma fille, Adrienne. Elle a deux petites filles, elle est célibataire, et la gestion d'un théâtre est un boulot extrêmement contraignant. Et puis, je me faisais trop d'angoisse : est-ce que je vais me tromper sur la programmation ? Est-ce qu'on va avoir du monde ? Après tant d'années, j'avais encore le trac, comme un comédien. »
Une vie culturelle toujours active
Elle ne compte pas pour autant se retirer totalement de la vie culturelle. « Non, je ne vais pas finir ma vie recluse avec des chats ! J'ai toujours envie de donner. Il y a deux jours, une idée m'est venue : 'Ecrire sous les arbres'. J'ai envie de donner rendez-vous à des gens, dans les petits jardins d'Antibes, et d'écrire ensemble. J'aimerais me retrouver avec des jeunes pour leur donner le goût de l'écriture. » Elle continue également d'écrire : après ses pièces et son premier livre, elle a écrit un projet nommé ADN et travaille sur un roman intitulé Jaune.
Le passage de relais à Fabien Buzenet
« Ce théâtre, c'est un héritage précieux, presque un membre de la famille. Je les donne à Fabien Buzenet. Il est là depuis dix ans, je l'avais rencontré au Festival d'Avignon. Il est plus jeune, il aura d'autres enjeux, d'autres outils, son propre rythme. C'est vrai que Le Tribunal, c'est mon bébé. C'était mon papa, ma maman, mon mari, mon meilleur ami, ma fille, ma sœur... Je quitte ma maison. Mais je préfère mille fois que quelqu'un l'habite et la fasse vivre plutôt que de la laisser vide. »
Une enfance de saltimbanque
Née en Alsace de parents clowns, elle a sillonné l'Europe en bus à 18 ans, craché du feu, jonglé. « Ce voyage à travers l'Europe en bus m'a donné une immense empathie et une grande tolérance. J'ai appris à comprendre les problèmes des artistes et à m'y adapter. En tournée, on voit des lieux où l'on est mal accueillis, où les loges sont sales, sans bouteille d'eau... Grâce à cela, j'ai toujours su ce dont les comédiens et les spectateurs avaient besoin. »
Une approche intime du théâtre
Elle hébergeait les comédiens, faisait la cuisine. « Ce n'est pas dans ma nature d'être nostalgique. J'ai déménagé plusieurs fois. Je ne suis pas attachée aux objets. Chez moi, je n'ai pas de photos : ni de mon mari que j'ai aimé profondément, ni de mes parents, ni de ma fille. Les gens sont à l'intérieur de moi. »
L'empreinte laissée aux élèves
« C'est le côté qui me fait le plus de peine, j'ai un peu l'impression de planter mes élèves... Je veux leur laisser : la liberté des fous rires, la sincérité, et cette capacité à quitter le réel. Le théâtre est fait pour libérer l'imaginaire. Aujourd'hui, avec les réseaux sociaux et les formats courts, j'ai l'impression que notre imaginaire se rétrécit, qu'on n'arrive plus à se concentrer. Venir au théâtre pendant deux heures, c'est une bulle d'oxygène. »
Un public fidèle et généreux
« Il est d'une grande générosité, curieux et très fidèle. On a un 'fond de salle' incroyable. Même quand les spectateurs n'aiment pas un spectacle, ils sortent en disant : 'Bon, je n'ai pas trop aimé cette fois-ci, qu'est-ce qu'il y a la semaine prochaine ?' »
L'évolution des attentes
« Le public se lasse plus vite si c'est trop long. Aujourd'hui, un format d'1h10 ou 1h15, c'est bien. »
Des anecdotes marquantes
« Humainement, accueillir des artistes chez soi toutes les semaines est une richesse folle. On refait le monde jusqu'à 4 heures. Des anecdotes, j'en ai eu tous les soirs. Parfois, c'est intense. Ce métier, c'est d'abord de l'humain. » Parmi les artistes passés : Florence Foresti, Tom Villa, Clémentine Célarié, Stéphane Guillon, Arnaud Demanche, Naïm.
Le Bœuf Théâtre et l'avenir
« Le Bœuf Théâtre va fêter ses 50 ans l'année prochaine, c'est le plus ancien festival d'humour de France. Inconsciemment, j'ai voulu partir avant cet anniversaire. Quand j'ai eu 70 ans, tous les comédiens ont débarqué par surprise pour me faire un cadeau magnifique. Pour moi, mon vrai départ s'est joué ce jour-là. »
En trois mots : « Que ça continue »
Si sa carrière était un seul-en-scène, le titre serait Le Tourbillon de la vie.



