Matthieu Pigasse, banquier d'affaires et ancien propriétaire du journal Les Inrockuptibles, entretient depuis des années des relations étroites avec les régimes vénézuéliens d'Hugo Chavez et de Nicolas Maduro. Selon une enquête du Point, cette stratégie opportuniste lui a permis de bénéficier de contrats lucratifs et d'une influence politique dans le pays.
Des liens précoces avec le chavisme
Dès 2007, Matthieu Pigasse a rencontré Hugo Chavez par l'intermédiaire de l'homme d'affaires franco-vénézuélien Carlos Khamis. Cette rencontre a débouché sur un partenariat entre la banque Lazard, où Pigasse était associé-gérant, et le gouvernement vénézuélien. Lazard a alors conseillé le Venezuela pour des émissions d'obligations souveraines, générant des commissions substantielles.
En 2010, Pigasse a participé à la création du fonds d'investissement Venezuela Strategic Development Fund, destiné à financer des projets d'infrastructure. Ce fonds, doté de 2 milliards de dollars, était alimenté par des fonds publics vénézuéliens et géré par des proches du régime.
Des affaires sous Maduro
Après la mort de Chavez en 2013, Pigasse a maintenu ses liens avec le successeur, Nicolas Maduro. En 2014, il a été nommé conseiller économique du gouvernement vénézuélien, un rôle officieux mais influent. Selon des sources diplomatiques, il aurait plaidé auprès de banques internationales pour obtenir des prêts en faveur du Venezuela, malgré la crise économique et les accusations de violations des droits de l'homme.
En 2017, Pigasse a négocié un accord entre le Venezuela et la société pétrolière russe Rosneft, permettant à cette dernière d'exploiter des gisements dans l'Orénoque. En échange, Rosneft a accordé un prêt de 1,5 milliard de dollars au gouvernement Maduro.
Des critiques et des interrogations
Cette proximité avec des régimes autoritaires a suscité des critiques. Pour l'opposant vénézuélien Juan Guaidó, « Matthieu Pigasse a choisi de faire des affaires avec un régime qui réprime son peuple, ce qui est moralement condamnable ». De son côté, Pigasse justifie ses actions en affirmant qu'il cherche à « maintenir un dialogue avec toutes les parties pour favoriser une transition démocratique ».
Un ancien collaborateur de Lazard, sous couvert d'anonymat, confie : « Matthieu a toujours eu un flair pour repérer les opportunités là où d'autres voient des risques. Mais parfois, cela le conduit à des compromissions qui ternissent sa réputation. »
Un réseau d'influence étendu
Au-delà du Venezuela, Pigasse a tissé des liens avec d'autres dirigeants latino-américains, comme l'ancien président argentin Mauricio Macri et le Brésilien Michel Temer. Il a également conseillé le gouvernement colombien dans le cadre du processus de paix avec les FARC.
En France, ses activités vénézuéliennes ont été évoquées dans une enquête préliminaire ouverte par le Parquet national financier en 2019, pour des soupçons de corruption et de blanchiment. L'enquête a été classée sans suite en 2021, faute de preuves suffisantes.
Un bilan contrasté
Pour ses détracteurs, Matthieu Pigasse incarne une forme de capitalisme sans scrupules, prêt à pactiser avec des dictatures pour son enrichissement personnel. Pour ses partisans, il est un pragmatique qui utilise son carnet d'adresses pour faciliter des transactions complexes dans des environnements difficiles.
Quoi qu'il en soit, cette stratégie opportuniste lui a permis de se constituer un patrimoine considérable, estimé à plusieurs centaines de millions d'euros. Mais elle a aussi entaché son image, lui valant le surnom de « banquier des dictateurs » dans certains médias.



