Les Data Centers vont faire pleuvoir des milliards sur la France. C’est en tout cas une promesse des géants du secteur. Le 1er juin, au sommet Choose France, le géant japonais SoftBank a annoncé un investissement record de 75 milliards d’euros dans des centres de données dans les Hauts-de-France. L’année précédente, un projet intitulé « Campus IA » annonçait 50 milliards d’euros investis au cœur de la Seine-et-Marne.
Des investissements célébrés par Emmanuel Macron
Ces investissements sont célébrés par Emmanuel Macron dans un pays qui compte déjà 350 de ces « usines » à stocker des données, lesquelles sont indispensables au fonctionnement d’Internet et fournissent les capacités de calcul nécessaires aux outils d’intelligence artificielle. Mais aussi impressionnants soient-ils, ces chiffres peuvent-ils se transformer en emplois ?
50 000 emplois directs d’ici à 2030
Au niveau national, la filière revendique environ 50 000 emplois directs à horizon 2030, dont plus de 90 % en CDI, selon le baromètre 2025 de France Data center et du cabinet EY. D’après les différentes sources du secteur, environ 11 300 emplois existent déjà, et les investissements à venir devraient en créer près de 28 000 d’ici à la fin de la décennie.
Ces emplois sont créés principalement autour des pôles économiques d’Île-de-France et d’Aix-Marseille, qui demandent des compétences très spécifiques, des chargés aux comptes aux différents types d’ingénieurs concernés, techniciens et experts en exploitation.
Autre atout selon le secteur : chaque emploi dans un data center génère une importante valeur ajoutée, jusqu’à 121 000 euros par an, soit davantage que des secteurs comme l’industrie alimentaire (70 000 euros) ou automobile (89 000 euros). Mieux encore, chaque emploi direct permettrait de créer 1,5 emploi indirect par le dynamisme que ces Data Centers redonneraient aux lieux où ils s’implantent.
Des estimations « disproportionnées »
Mais plusieurs voix s’élèvent pour tempérer l’effet de ces investissements sur l’emploi. Le sociologue Loup Cellard, du Laboratoire Interdisciplinaire des Sciences du Numérique (LISN), en fait partie. « Les opérateurs de data centers ont tendance à présenter des retombées en matière d'emplois locaux disproportionnés. Car les chiffres mis en circulation mélangent souvent les emplois directs (auprès de la société de data centers) et indirects (prestataires), les emplois en phase de travaux (assez importants) et en phase d’exploitation (très limités à de la sécurité, de la maintenance et de l’ingénierie) », explique-t-il à 20 Minutes.
Il prend pour exemple le site Data 4, qu’il a visité sur le Campus de Marcoussis : « Sur 133 hectares, ils annoncent que 1 100 personnes travaillent avec 15 % de personnel de Data 4, 44 % de partenaires et 41 % de clients. Cela fait 165 emplois pour Data 4, soit environ 8 personnes par bâtiments, si on compte 20 bâtiments. » Peu de monde donc pour une telle superficie. En comparaison, « une société de logistique avec la même emprise au sol compte entre 300 et 400 emplois ».
Un emploi par tranche de 24 millions d’euros
Selon le propre baromètre EY-Parthenon, qui s’appuie sur des chiffres de l’Insee, en 2024, chaque emploi direct dans les data centers n’a produit que 0,61 emploi indirect ou induit (18 400 emplois indirects ou induits pour 30 000 emplois directs).
Loup Cellard met également en avant un rapport datant de février 2026 du cabinet d’études Trendeo, spécialisé dans les données sur l’investissement et l’emploi. Selon ce dernier, les investissements dans les data centers ont concentré en 2025 67 milliards d’euros pour un total de… 2 800 emplois. « Un emploi par tranche de 24 millions d’euros, cela ne fait pas beaucoup », conclut Loup Cellard.



