La Cour suprême américaine met un frein aux ambitions protectionnistes de Donald Trump
Ils n'auront même pas célébré leur premier anniversaire. Les droits de douane annoncés par Donald Trump lors du "Liberation Day" ont été déclarés illégaux par la Cour suprême ce 20 février, marquant un revers significatif pour les velléités protectionnistes du président américain. Cette décision judiciaire historique annule en grande partie les mesures tarifaires controversées qui pesaient sur l'économie américaine depuis leur instauration.
Une décision saluée par les experts économiques
"Une très bonne nouvelle pour les entreprises et les consommateurs américains", se félicite Alex Durante, économiste principal à la Tax Foundation, un think tank américain spécialisé dans l'analyse des politiques fiscales. Co-auteur d'une étude approfondie sur les conséquences de la guerre commerciale de Trump, ce chercheur explique pourquoi l'augmentation des tarifs douaniers s'apparentait à un "impôt déguisé" pour les ménages américains.
Dans un entretien exclusif, Alex Durante revient sur les principaux enseignements de son étude : "La marge de manœuvre présidentielle s'est considérablement réduite, et je m'en réjouis pour l'économie américaine. Même si l'administration Trump dispose d'autres leviers d'action, elle ne pourra manifestement pas rétablir à l'identique le régime précédent."
Les droits de douane : un impôt caché pour les ménages américains
Contrairement aux affirmations de Donald Trump et de ses soutiens qui prétendaient que la hausse des droits de douane pèserait d'abord sur les pays étrangers, la réalité économique démontre l'inverse. "Les droits de douane sont en réalité des impôts déguisés", insiste Alex Durante.
Avant la décision de la Cour suprême, les estimations indiquaient que les droits de douane instaurés en 2025 alourdissaient d'environ 1 000 dollars la charge fiscale moyenne par ménage américain. Pour 2026, cette hausse devait atteindre 1 300 dollars. Avec le nouveau taux de 10 % entré en vigueur suite à la décision judiciaire, cette augmentation serait ramenée à environ 600 dollars en 2026.
"Les importateurs américains supportent environ 90 % du coût des droits de douane", précise l'économiste. Les prix à l'importation sont restés globalement stables, voire ont légèrement augmenté pour la plupart des biens de consommation, indiquant que les exportateurs étrangers n'ont pas réduit leurs prix pour compenser la taxe.
Impact limité sur les prix de détail et objectifs non atteints
L'impact sur le coût des courses pour les Américains s'est révélé plus complexe que prévu. On constate un transfert partiel vers les prix de détail, mais d'une ampleur plus modérée que ce que l'on aurait pu anticiper. "De nombreuses entreprises ont absorbé une partie du coût, faute de visibilité sur l'évolution des droits l'an prochain", explique Alex Durante.
Les effets varient selon la nature des biens :
- Pour les produits manufacturés où la diversification des sources d'approvisionnement est possible, les hausses ont été contenues
- Pour les produits qui ne peuvent être délocalisés aux États-Unis, les augmentations de prix ont été plus rapides
- Selon une étude sur 1000 produits vendus par les cinq principaux distributeurs américains, les droits ont entraîné une hausse des prix de l'ordre de 5 à 6 %
Les objectifs affichés par l'administration Trump n'ont pas été atteints :
- Le déficit commercial n'a reculé que marginalement en 2025, sous l'effet d'une hausse des exportations de services
- Il n'y a pas eu de rééquilibrage significatif du commerce de marchandises
- L'industrie manufacturière n'a pas connu de regain, et l'emploi y a même reculé
Les limites du protectionnisme comme instrument politique
Alex Durante remet en question l'argument selon lequel le protectionnisme permettrait de préserver la sécurité nationale : "Il existe d'autres instruments que les droits de douane pour répondre aux pratiques commerciales déloyales". L'économiste souligne que la concentration de secteurs stratégiques en Chine pourrait poser problème, mais que les droits de douane ne constituent pas la seule réponse possible.
"L'enjeu central devrait être la diversification des chaînes d'approvisionnement plutôt que le protectionnisme pur et simple", affirme-t-il. Si les États-Unis avaient rejoint le Partenariat transpacifique, une part importante des capacités industrielles aurait probablement été redirigée hors de Chine vers d'autres pays membres.
La réorganisation des chaînes d'approvisionnement entraînerait une hausse des coûts pour les entreprises, qui serait en partie répercutée sur les prix payés par les consommateurs. À long terme, ce déplacement des dépenses pourrait freiner l'activité économique globale, même si quelques industries protégées en tireraient avantage.
La décision de la Cour suprême du 20 février marque donc un tournant important dans la politique commerciale américaine, limitant considérablement la marge de manœuvre protectionniste de l'administration Trump et offrant un répit aux consommateurs et entreprises américaines face à ce qui s'apparentait à un impôt déguisé.



