Corruption au port de Saint-Tropez : un système occulte démantelé
Les places de prestige du port de Saint-Tropez, considérées comme « the place to be » pour les propriétaires de yachts de luxe, sont au cœur d'un scandale de corruption. Dix personnes intervenant sur le célèbre port et soupçonnées d'être impliquées dans un « système de corruption » où des pots-de-vin étaient exigés pour l'attribution des meilleurs emplacements seront jugées en novembre, a annoncé mercredi le procureur de Draguignan.
Pour permettre aux yachts d'accéder au petit port du sud de la France, refuge de milliardaires, le système de corruption reposait sur « une chaîne décisionnaire d'attribution des places, parallèle et occulte, ainsi qu'un système de gratification pour certains employés par le biais de rétributions en espèces », a indiqué dans un communiqué le procureur Pierre Couttenier.
Une enquête déclenchée par une plainte
Les investigations ont été déclenchées à la suite d'une plainte déposée au printemps 2024 par un ancien agent portuaire. Celui-ci avait expliqué à la radio RMC que des collègues réclamaient entre 1.000 et 15.000 euros en liquide, en plus du coût officiel des emplacements qui peut atteindre 5.000 euros la nuit. Selon le communiqué du procureur, dont 20 Minutes a reçu copie, le montant total des sommes perçues est estimé à deux millions d'euros. Les enquêteurs ont procédé à des saisies pour un montant total de 856.000 euros. Les dix suspects, maîtres de port, employés et intermédiaires, sont convoqués pour être jugés le 23 novembre.
Réaction de la mairie : une « petite révolution » sur le port
Contactée par l'AFP, la mairie a assuré avoir collaboré pleinement à l'enquête et avoir parallèlement engagé des démarches en interne. Elle a négocié le départ de six agents suspects sur la quarantaine d'employés, réorganisé le service, commandé un audit permanent, créé une direction administrative et financière du port, et instauré un contrôle de gestion. « On a fait une petite révolution sur le port », a résumé Benoît Ravix, directeur général des services de la mairie, qui entend se constituer partie civile. « On est victime, avec un préjudice d'image important ».
Un port très convoité
Saint-Tropez compte plus de 730 emplacements ou anneaux d'amarrage pour les bateaux, mais la moitié sont occupés par des plaisanciers locaux, beaucoup sont assez éloignés du centre névralgique du bourg et la concurrence est rude pour la trentaine d'emplacements prévus pour les yachts sur le port principal. Même si la municipalité a choisi de limiter les escales à trois jours par bateau pour favoriser le flux et l'animation, il y a en haute saison une liste d'attente de 50 à 90 bateaux pour chaque emplacement.



