Dans les archives, l'été 1964 fut marqué par la folie « Cordobés ». Grièvement blessé en mai, le célèbre matador Manuel Benítez, dit El Cordobés, fit un retour triomphal aux arènes de Lachepaillet à Bayonne le dimanche 9 août, une semaine après sa première apparition. La foule, conquise et subjuguée, hurla d'enthousiasme lors de cette seconde corrida de la temporada d'août.
Une performance éblouissante
El Cordobés, vêtu de bordeaux et or, se montra sous son meilleur jour face au dernier toro de la journée. Il relégua dans l'ombre les ovations adressées aux autres diestros, accaparant tous les honneurs. En progrès réel avec la cape, il sut exploiter la noblesse de son ennemi, pourtant pas très gros, pour déployer le répertoire qui fit sa renommée.
Des passes magistrales
Il commença par quatre passes de muleta les genoux à terre, puis debout, enchaîna plusieurs naturelles, certaines très calmes, et des passes en rond faisant tourner l'animal comme dans un manège, les pieds collés au sol. Ce jeu magique produisit un effet électrique sur le public. Il varia ses mouvements, se serrant terriblement contre le toro, ne formant qu'un seul bloc avec lui.
La foule explosa littéralement lorsque le diestro, entrant avec décision, planta l'épée jusqu'au pommeau, blessant mortellement le Buendía. Le ruedo se couvrit de petits coussins en signe d'admiration collective. Bien entendu, les deux oreilles et la queue furent octroyées au phénomène, qui dut faire trois tours de piste, fêté interminablement.
Un premier combat risqué
Son premier ennemi, très réservé et le moins commode du lot, l'avait mis en danger et même accroché au cours d'une faena vaillante. Sans grande force, le toro s'arrêtait à mi-chemin et accrochait des deux cornes. L'homme en tira parti au mieux et l'estoqua rapidement, quoique sans style, obtenant une oreille. Il se retira ensuite à l'infirmerie, d'où il ressortit pour le sixième toro.
Des camarades moins brillants
À côté de lui, ses deux camarades, avec des adversaires aussi nobles et maniables, ne firent pas lever les aficionados de leur place. Les toros de don Joaquín Buendía, tous très convenablement armés, se comportèrent bien avec les picadors et arrivèrent, sauf le troisième, maniables et nobles à la mort. Cela contribua à animer la función sans monotonie.
Des conditions idéales
Malgré la pluie nocturne et les ondées matinales, la piste était en parfait état et sèche à l'heure du paseo, grâce à M. Dangou qui eut l'idée de protéger le sol par une couverture en nylon, enlevée avant le paseo. La plaza était archicomble à cause de la présence d'El Cordobés et du temps menaçant. La présidence de M. Darhan fut très opportune.
Une ombre au tableau
Seule ombre au tableau : El Cordobés se blessa au pied droit avec l'une de ses épées, ne s'apercevant de la blessure qu'à son retour en Espagne. Il s'arrêta une semaine et ne put participer à la Semana Grande de Saint-Sébastien.
Cet article est à retrouver dans le livre : « Un Siècle de corridas : les plus belles chroniques de Don Severo - Georges Dubos - Zocato - Don Pepe - Patrick Espagnet - Yves Harté - Pierre Veilletet » par Marc Lavie aux Éditions Sud Ouest. Plongez au cœur de nos archives et retrouvez toutes les actualités qui ont marqué la mémoire collective de la région depuis 80 ans.



