Big Pharma : les acquisitions de biotechs s'accélèrent
Big Pharma multiplie les acquisitions de biotechs

Les grands groupes pharmaceutiques, confrontés à l'expiration de nombreux brevets, intensifient leurs acquisitions de biotechs pour renouveler leurs pipelines et assurer leur croissance future. Selon le cabinet EY, les dépenses mondiales dans ce domaine ont dépassé 200 milliards de dollars en 2025, un record historique.

Une stratégie de croissance externe devenue cruciale

Cette vague d'acquisitions s'explique par la nécessité de compenser la perte de revenus liée à l'arrivée de génériques et de biosimilaires. Les brevets de plusieurs médicaments à succès, représentant des ventes annuelles de plus de 150 milliards de dollars, arrivent à expiration d'ici 2030. Face à ce « mur des brevets », les laboratoires préfèrent acheter des innovations prometteuses plutôt que de tout miser sur leur recherche interne.

Parmi les opérations marquantes de l'année, on peut citer l'acquisition de la biotech américaine Seagen par Pfizer pour 43 milliards de dollars, finalisée en décembre 2025. Cette opération vise à renforcer le portefeuille de thérapies ciblées contre le cancer. De même, Merck a racheté Prometheus Biosciences pour 10,8 milliards de dollars afin de développer des traitements contre les maladies inflammatoires de l'intestin.

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Des prix élevés et une concurrence accrue

La multiplication des transactions a entraîné une hausse des valorisations des biotechs. Les primes payées par les acquéreurs atteignent en moyenne 80 % au-dessus du cours de bourse, contre 50 % il y a cinq ans. Cette surenchère reflète la rareté des actifs innovants et la concurrence entre les grands laboratoires.

Selon une étude de McKinsey, près de 60 % des acquisitions réalisées en 2025 concernaient des biotechs spécialisées dans l'oncologie ou les maladies rares, deux domaines à fort potentiel de croissance. Les grands groupes sont prêts à payer cher pour des technologies de pointe comme les thérapies géniques ou les conjugués anticorps-médicaments.

Des risques pour l'innovation et la concurrence

Cette stratégie n'est pas sans risques. D'une part, l'intégration de cultures d'entreprise différentes peut échouer, comme l'ont montré certains échecs passés. D'autre part, la concentration du marché pourrait freiner l'innovation à long terme, les petites structures étant absorbées avant de pouvoir développer pleinement leurs recherches.

Les autorités de la concurrence, notamment en Europe et aux États-Unis, surveillent de près ces opérations. En 2025, la Federal Trade Commission a exigé des cessions d'actifs dans plusieurs cas, afin de préserver la concurrence sur certains marchés. Selon l'OCDE, le nombre de nouvelles molécules mises sur le marché a diminué de 15 % depuis 2015, malgré l'augmentation des dépenses de R&D.

Quelles perspectives pour l'avenir ?

Les experts estiment que ce mouvement va se poursuivre dans les prochaines années, porté par l'émergence de nouvelles technologies comme l'intelligence artificielle appliquée à la découverte de médicaments. Les biotechs spécialisées dans ce domaine attirent particulièrement l'attention des grands groupes.

« Nous assistons à une véritable course à l'innovation, déclare Jean-François Legrand, analyste chez Bryan, Garnier & Co. Les laboratoires qui ne joueront pas le jeu des acquisitions risquent de se retrouver avec des pipelines vides et une croissance atone. » Cette dynamique pourrait toutefois entraîner une hausse des prix des médicaments, si les acquisitions ne se traduisent pas par des gains d'efficacité.

Dans ce contexte, les pouvoirs publics sont appelés à trouver un équilibre entre la nécessité de préserver l'innovation et celle de garantir l'accès aux traitements. Plusieurs rapports parlementaires ont récemment recommandé de renforcer le contrôle des concentrations dans le secteur de la santé.

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