L'administration Trump a négocié avec le Kazakhstan un accord stratégique portant sur l'exploitation de l'un des plus grands gisements inexploités de tungstène au monde, un métal indispensable à la fabrication d'ogives de missiles, d'avions de combat ou de semi-conducteurs. Une enquête du New York Times révèle que Washington s'apprête à soutenir ce projet à hauteur de 1,6 milliard de dollars via des financements fédéraux destinés à l'entreprise américaine Kaz Resources. Mais derrière cette opération présentée comme essentielle à la souveraineté économique des États-Unis, les principaux bénéficiaires pourraient être les fils du président américain.
Participation indirecte des fils Trump
Selon l'enquête, Donald Trump Jr. et Eric Trump ont pris, quelques semaines après le début des négociations menées par leur père avec le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev, une participation indirecte dans une structure liée au projet minier. Ils détiennent partiellement la société financière Dominari Securities, installée dans la Trump Tower, qui a elle-même pris part à l'achat de 20 % d'une entité liée au projet kazakh. Autrement dit, une société intermédiaire appelée à profiter directement de l'opération. L'accord définitif entre Washington et Astana a été signé le 6 novembre, soit six jours après cette prise de participation, qui n'avait alors pas été rendue publique.
Liens avec la famille Lutnick
La famille du secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, est elle aussi liée à l'opération. Cantor Fitzgerald, la banque d'investissement historiquement dirigée par Howard Lutnick et aujourd'hui supervisée par ses fils Brandon et Kyle, a aidé l'un des principaux investisseurs du projet à lever 210 millions de dollars, générant probablement plusieurs millions de dollars de commission. Le président exécutif de Kaz Resources, Pini Althaus, affirme au New York Times que les discussions avec Washington avaient commencé sous l'administration Biden et qu'il ignorait l'implication financière des fils Trump au moment où de nouveaux investisseurs sont entrés au capital. « Je comprends que l'apparence des choses puisse déranger certaines personnes », justifie-t-il, tout en estimant que le projet « dépasse largement la personne d'un président, et encore plus celle d'une famille ».
Un gisement majeur
L'entreprise estime que le gisement pourrait contenir pour 80 milliards de dollars de tungstène et produire environ 12 000 tonnes par an, soit un volume équivalent aux importations annuelles américaines. L'enquête retrace également le rôle personnel joué par Donald Trump dans les négociations. Selon Pini Althaus, « Le président Trump a mené la négociation finale avec le président Tokaïev ». Howard Lutnick et le secrétaire d'État Marco Rubio auraient aussi été impliqués. Avant la signature de l'accord, Howard Lutnick aurait adressé une lettre au président kazakh pour l’enjoindre à accepter la candidature de l'entreprise américaine, tandis que l’Export-Import Bank et l’U.S. International Development Finance Corporation avaient déjà envoyé des lettres d’intention, signalant qu’elles envisageaient de financer jusqu’à 1,6 milliard de dollars du projet.
Déni de conflit d'intérêts
La Maison-Blanche rejette toute idée de conflit d'intérêts et assure que « le seul intérêt particulier guidant les décisions de l'administration Trump est l'intérêt du peuple américain ». Eric Trump affirme pour sa part avoir toujours été « un investisseur passif, sans aucun rôle de direction ». En interne, plusieurs responsables de l'administration, cités anonymement, disent avoir été gênés par les liens financiers entre les familles Trump et Lutnick et des projets que le gouvernement contribue à financer. Les fonds fédéraux destinés au projet kazakh n'ont pas encore été débloqués, mais les deux sociétés liées aux familles Trump et Lutnick ont déjà perçu des commissions grâce aux opérations financières entourant ce dossier.
Liens financiers plus larges
Plus globalement, selon les documents fédéraux consultés par le journal, les familles Trump et Lutnick entretiennent des liens financiers avec au moins quatorze entreprises minières travaillant avec le gouvernement américain sur des projets de minerais critiques, pour lesquels plus de 8,9 milliards de dollars d'aides fédérales ont été accordés ou sont à l'étude.



