La Russie recrute des jeunes femmes latino-américaines pour assembler des drones
Russie recrute des jeunes femmes pour assemblage de drones

Plus de 200 jeunes femmes originaires du Venezuela, du Nicaragua et du Salvador ont été recrutées par la Russie pour travailler dans une usine d'assemblage de drones située dans la république du Tatarstan, selon une enquête du Monde. Les offres d'emploi, diffusées via des agences de recrutement en ligne, promettaient des salaires mensuels allant de 1 500 à 2 000 dollars, bien supérieurs aux revenus moyens dans leurs pays d'origine.

Des promesses de salaires élevés

Les candidates, âgées de 20 à 35 ans, étaient attirées par des annonces vantant des conditions de travail « sûres et confortables » dans une usine moderne. « On nous a dit que nous travaillerions dans un environnement protégé, avec un logement fourni et une prime de fin d'année », raconte Maria, 26 ans, qui a quitté Caracas pour Kazan. Selon les documents consultés par Le Monde, l'entreprise russe Zala Aero, filiale du groupe Kalachnikov, a signé des contrats avec des intermédiaires latino-américains pour recruter cette main-d'œuvre féminine.

Des conditions de travail précaires

Sur place, la réalité est différente. Plusieurs recrues témoignent de journées de travail de 12 heures sans pause suffisante, dans un hangar glacial où les températures descendent jusqu'à -20°C en hiver. « Nous n'avions pas de chauffage adapté, et les équipements de protection étaient insuffisants. Beaucoup sont tombées malades », déclare Carla, 30 ans, originaire de Managua. Le logement promis s'est avéré être un dortoir surpeuplé, hébergeant jusqu'à huit personnes par chambre.

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Un recrutement qui inquiète les ONG

Des organisations de défense des droits humains, comme Human Rights Watch, ont exprimé leur préoccupation face à ces pratiques. « Ce recrutement massif de femmes vulnérables pour une industrie militaire expose à des risques d'exploitation et de conditions de travail indignes », souligne un rapport de l'ONG, cité par Le Monde. Le gouvernement russe, de son côté, affirme que ces emplois sont légaux et respectent le droit du travail local.

La stratégie industrielle de Moscou

Cette opération s'inscrit dans un effort plus large de la Russie pour augmenter sa production de drones, utilisés massivement dans le conflit en Ukraine. Le Tatarstan, région industrielle clé, accueille plusieurs usines d'armement. Le recours à la main-d'œuvre étrangère, notamment féminine, vise à pallier les pénuries de personnel qualifié sur le marché local. Selon des analystes, plus de 500 travailleurs étrangers, dont une majorité de femmes, ont été embauchés dans cette seule usine depuis janvier.

Des perspectives de retour difficiles

Pour les femmes recrutées, le retour au pays est semé d'embûches. Leurs contrats les lient pour deux ans, avec des clauses de non-concurrence strictes. « Si nous partons avant la fin, nous sommes redevables de l'intégralité du billet d'avion et des frais de visa, soit plusieurs milliers de dollars », explique Lucia, 28 ans. Plusieurs d'entre elles tentent actuellement de trouver de l'aide auprès de leurs consulats respectifs, mais les démarches sont longues.

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