Turquie : des fondations pro-Erdogan bénéficient de fonds européens
Turquie : des fondations pro-Erdogan reçoivent des fonds UE

Des fondations proches du président turc Recep Tayyip Erdogan ont bénéficié de fonds européens, selon une enquête publiée par le site d'information européen EUobserver. Ces financements, qui s'élèvent à plusieurs millions d'euros, ont été accordés dans le cadre de programmes de l'Union européenne visant à soutenir la société civile et les droits de l'homme. Cette situation suscite des critiques, alors que la Turquie est régulièrement épinglée pour ses atteintes à l'état de droit.

Des millions d'euros versés à des fondations liées au pouvoir

L'enquête d'EUobserver révèle que des fondations comme la Fondation pour la jeunesse et l'éducation (TÜRGEV) ou la Fondation pour les droits et libertés (İHH) ont reçu des subventions européennes. TÜRGEV, cofondée par le gendre d'Erdogan, a obtenu plus de 2 millions d'euros pour des projets éducatifs. İHH, connue pour ses activités humanitaires, a reçu près de 1,5 million d'euros pour des programmes d'aide aux réfugiés. Ces montants ont été alloués entre 2015 et 2020, selon les documents consultés.

Un paradoxe avec la politique européenne

Ces financements interviennent alors que l'UE critique régulièrement la Turquie pour le recul de la démocratie, la liberté de la presse et l'indépendance de la justice. En 2020, le Parlement européen avait appelé à suspendre les négociations d'adhésion avec Ankara. "Il est paradoxal de financer des organisations proches d'un pouvoir qui bafoue les valeurs européennes", a déclaré un eurodéputé sous couvert d'anonymat. La Commission européenne, interrogée, a indiqué que les subventions étaient accordées selon des critères techniques, sans lien avec la politique.

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Des ONG critiques également financées

L'enquête souligne que des ONG critiques du gouvernement turc, comme Amnesty International Turquie, ont également reçu des fonds européens, mais dans une moindre mesure. Cette disparité interroge sur les critères de sélection. Selon EUobserver, les fondations proches du pouvoir ont bénéficié d'un accès privilégié aux programmes européens grâce à des réseaux d'influence. "Les procédures sont détournées pour favoriser les alliés du régime", affirme un expert de la société civile turque.

La réaction des autorités turques

Le gouvernement turc a rejeté ces accusations, dénonçant une "campagne de diffamation". Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a affirmé que les fondations concernées menaient des actions légitimes et transparentes. Il a également rappelé que la Turquie est un partenaire clé de l'UE, notamment dans la gestion des réfugiés syriens. En 2016, l'UE a promis 6 milliards d'euros à la Turquie pour l'aide aux réfugiés, dont une partie est gérée par des ONG locales.

Des conséquences sur la crédibilité de l'UE

Cette affaire pourrait ternir l'image de l'UE, qui se présente comme un défenseur des droits de l'homme. Plusieurs eurodéputés ont demandé une enquête approfondie et un audit des financements accordés à des organisations turques. "Nous devons garantir que l'argent des contribuables européens ne serve pas à soutenir des régimes autoritaires", a déclaré une députée verte. La Commission a promis de renforcer les contrôles, mais les experts restent sceptiques.

Un débat plus large sur les fonds européens

Cette affaire s'inscrit dans un débat plus large sur l'utilisation des fonds européens dans les pays candidats. En 2021, un rapport de la Cour des comptes européenne avait déjà pointé des manquements dans le contrôle de ces financements. Les ONG de défense des droits de l'homme réclament une transparence accrue et une évaluation indépendante des projets financés. En attendant, l'UE continue de financer des organisations dont les liens avec le pouvoir turc sont avérés.

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