Crise migratoire à Ceuta : l'UE cherche une réponse commune
Crise migratoire à Ceuta : l'UE cherche une réponse commune

Ce mardi 4 juillet, à 10 heures, les ministres de l'Intérieur des 27 pays de l'Union européenne se réunissent en visioconférence pour tirer les leçons de l'épisode migratoire de Ceuta et des vives tensions qu'il a suscitées. Près de 50 000 migrants sont entrés illégalement dans l'enclave espagnole la semaine dernière, un afflux sans précédent qui a mis en lumière les divergences profondes entre les États membres sur la politique migratoire.

Des positions irréconciliables entre l'Espagne et les pays partisans d'une ligne dure

Depuis la diffusion d'images de migrants franchissant illégalement la frontière hispano-marocaine à pied ou à la nage, deux camps s'opposent. D'un côté, l'Espagne, qui défend une approche ouverte en matière migratoire. De l'autre, les États de l'UE partisans d'une ligne très ferme, comme l'Italie ou le Danemark.

Dès les premières photos et vidéos de migrants gagnant Ceuta par tous les moyens, des images qui ont fait le tour du monde, ces pays sont montés au créneau, déplorant qu'une « immigration incontrôlée » constitue « une menace pour l'Europe ». Ils ont dans la foulée exigé d'exclure l'Espagne de l'espace Schengen, la zone de libre circulation en Europe. Une demande politiquement explosive, juridiquement impossible au regard du droit européen, et qui a suscité l'ire de Madrid, d'autant que la ville autonome de Ceuta n'appartient pas par dérogation à cet espace.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La France refuse l'instrumentalisation

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, dont le gouvernement défend une approche ouverte en matière migratoire, a répliqué par une lettre adressée aux chefs des institutions européennes. Dans cette missive, le leader espagnol critique vertement l'attitude « égoïste » de ces pays de l'UE, et réclame une réunion d'urgence à 27.

Quelques heures plus tard, contre-missive de 22 pays, emmenés par l'Italie, le Danemark, l'Allemagne ou la Hongrie, appelant eux aussi à une visioconférence d'urgence. Mais avec un objectif bien différent : continuer à défendre leur ligne de fermeté sur l'immigration. La France ne s'est pas associée à cette initiative, estimant qu'elle revenait à instrumentaliser la situation dans l'enclave espagnole. Tout en soulignant que l'immense majorité des migrants ayant franchi la frontière avaient déjà été reconduits au Maroc.

« Des barrières physiques » évoquées

Lors d'une réunion entre ambassadeurs lundi, l'Espagne a, selon une source diplomatique, déjà « exprimé sa frustration sur le manque de solidarité » venant de certains pays de l'UE. Plusieurs États membres se sont interrogés en retour sur le signal envoyé par Madrid, estimant que certaines mesures adoptées récemment par l'Espagne avaient pu donner l'impression que « les portes étaient ouvertes ».

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s'est en tout cas réjouie que l'échange de mardi puisse avoir lieu, plaidant pour une « réponse européenne commune » pour « renforcer les frontières ». Parmi les pistes évoquées : « une surveillance accrue » et un recours plus poussé à « des barrières physiques ». Au cours des derniers mois, Bruxelles a déjà nettement durci ses règles en matière d'immigration, autorisant notamment ses États membres à envoyer des déboutés d'asile dans des centres en dehors des frontières de l'UE, les fameux « hubs de retour ».

Un bilan humain lourd

Au moins 72 personnes sont décédées en tentant de rejoindre Ceuta à la nage, selon les autorités espagnoles, tandis que le gouvernement marocain en décompte 11. La quasi-totalité des 60 000 migrants arrivés dans l'enclave ont été renvoyés au Maroc. Une association a réclamé l'ouverture d'une enquête pour comprendre ce qui a poussé tant de Marocains à rallier l'enclave.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale