À l'approche du tirage au sort de la Ligue des champions, prévu ce jeudi, l'UEFA d'Aleksander Ceferin intensifie sa pression sur la Fifa de Gianni Infantino. Le conflit, latent depuis plusieurs mois, s'est cristallisé autour de la commercialisation d'une partie des revenus de la Coupe du monde, une initiative qui a fragilisé la position du président de la Fifa. Après une Coupe du monde 2026 marquée par des excès, les opposants à Infantino s'organisent, avec à leur tête le patron de l'UEFA.
Ceferin ne briguera pas la présidence de la Fifa
Aleksander Ceferin a récemment annoncé qu'il ne se présenterait pas face à Gianni Infantino lors des élections du 18 mars 2027. « Je ne suis pas intéressé, pour deux raisons. La première, c'est que j'aime l'UEFA et que j'aime y travailler […] La deuxième, c'est que ma crédibilité est bien, bien, bien plus grande si je ne convoite pas ce poste », a-t-il justifié. Cette décision, selon Jernej Suhadolnik, journaliste au quotidien slovène Delo, est crédible : « Il a connu beaucoup de succès à la tête de l'UEFA, où il a notamment su traverser la pandémie de Covid-19, la création de la Super League et un certain nombre d'initiatives controversées de la Fifa ».
David Terrier, président Europe de la Fifpro, le syndicat international des joueurs, voit dans ce choix une stratégie pour contrer les arguments d'Infantino, qui présente cette fronde comme un duel « Europe vs le reste du monde ». Selon lui, « cette petite musique est surtout une stratégie d'Infantino pour conserver le soutien des petites fédérations, qui constituent la base de son pouvoir. Čeferin n'avait donc pas d'autre choix que d'annoncer qu'il ne serait pas candidat, afin de ne pas tomber dans le piège tendu par la Fifa ».
Qui osera affronter Infantino ?
L'UEFA a été rejointe par la CONCACAF et l'AFC, les confédérations américaines et asiatiques. Ensemble, ces trois confédérations représentent 142 fédérations sur les 211 affiliées à la Fifa, soit une majorité écrasante si elles s'entendent sur un candidat commun. Cependant, la date limite de dépôt des candidatures est fixée au 18 novembre, et Ceferin s'étant retiré, la question se pose : qui osera affronter Infantino ?
Pour rallier un maximum de soutiens, l'idée serait de présenter un candidat non-européen, comme Victor Montagliani, président de la CONCACAF, ou un dirigeant asiatique de l'AFC. Cela ruinerait la théorie d'Infantino sur une prétendue mainmise européenne. Cependant, David Terrier reste prudent : « Il n'y aura pas d'autre choix que de présenter quelqu'un face au président actuel s'il ne se retire pas de lui-même, mais ce n'est pas le scénario à souhaiter selon moi car le système actuel "une fédération = une voix" est fait de telle manière que le clientélisme est toujours d'actualité et que tout est verrouillé. En promettant toujours plus d'argent aux petites fédérations, comme il l'a toujours fait, Gianni Infantino pourra de nouveau acheter les votes des présidents en mars prochain. »
Une unité encore trop fragile du côté des anti-Infantino
Malgré l'unité affichée, les fédérations ne sont pas des blocs homogènes. Jean-Loup Chappelet, enseignant-chercheur à l'université de Lausanne et spécialiste de la gouvernance sportive, prévient : « Il ne faut pas croire que toutes les fédérations d'une même confédération voteront nécessairement de la même manière contre Infantino. L'histoire de la Fifa montre que les alliances peuvent être beaucoup plus complexes et l'opposition a beau être aujourd'hui plus forte qu'elle ne l'a probablement jamais été, cela ne signifie pas nécessairement qu'elle est en mesure de battre Infantino. »
Pour éviter une confrontation directe, Ceferin et ses alliés cherchent à faire grossir leurs rangs. Un collectif d'anciens joueurs, dont certains font partie des « Fifa Legends », a publié une tribune intitulée « Trop, c'est trop » réclamant une réforme de la Fifa. David Terrier approuve : « C'est pour cela qu'il faut provoquer davantage de remous, de secousses, et mettre davantage de pression sur la Fifa pour qu'Infantino finisse par accepter d'engager des réformes. »
Jean-Loup Chappelet souligne l'importance de la pression extérieure : « L'opinion publique, les médias et les responsables politiques peuvent jouer un rôle déterminant. » Il compare la situation au scandale de Salt Lake City en 1998, qui avait contraint le CIO à réformer sa gouvernance. « Face à l'ampleur de la pression médiatique internationale, l'instance s'est retrouvée contrainte de réformer en profondeur sa gouvernance. Sans ça, ces réformes n'auraient probablement jamais vu le jour. » Reste à savoir si cela suffira face à un Infantino qui, jusqu'ici, a toujours su résister aux crises.



