Italie : le général Vannacci défie Meloni
Italie : le général Vannacci défie Meloni

Le général Roberto Vannacci, figure controversée de l'extrême droite italienne, a officialisé sa candidature aux élections européennes de juin 2024, défiant directement la Première ministre Giorgia Meloni. Cette annonce, faite le 12 avril, marque une nouvelle étape dans la fragmentation de la droite italienne, déjà secouée par des rivalités internes.

Un général provocateur

Roberto Vannacci, 55 ans, est un ancien commandant des forces spéciales italiennes. Il s'est fait connaître du grand public grâce à son livre « Il Mondo al Contrario » (« Le Monde à l'envers »), publié en août 2023, dans lequel il dénonce l'immigration, le wokisme et les « lobbies LGBT ». L'ouvrage s'est écoulé à plus de 250 000 exemplaires, un succès de librairie inattendu qui a propulsé son auteur sur le devant de la scène politique.

Ses déclarations provocatrices, comme celles sur les migrants ou la théorie du « grand remplacement », ont suscité de vives polémiques en Italie. Le général a été suspendu de ses fonctions militaires en octobre 2023, avant d'être réintégré en janvier 2024 après une procédure disciplinaire jugée infondée.

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Une candidature qui bouscule la droite

En se présentant aux européennes, Vannacci ne cache pas son ambition de concurrencer Giorgia Meloni, qu'il juge trop modérée. Il a choisi de rejoindre la liste de la Ligue de Matteo Salvini, allié de Meloni au sein de la coalition gouvernementale. Cette décision a été perçue comme un défi direct à la Première ministre, qui tente de modérer son image pour rassurer les partenaires européens.

Selon un sondage réalisé par l'institut SWG en avril, la Ligue obtiendrait 8 % des intentions de vote, en hausse de 2 points depuis l'annonce de la candidature de Vannacci. Ce dernier pourrait capter une partie de l'électorat de Frères d'Italie, le parti de Meloni, crédité de 27 % des voix.

Un électorat séduit par la radicalité

La popularité de Vannacci s'explique par son discours direct et sans filtre, qui séduit une partie de l'électorat italien en quête de fermeté sur les questions d'immigration et d'identité. « Les gens en ont assez du politiquement correct, ils veulent quelqu'un qui dit les choses telles qu'elles sont », analyse Giovanni Orsina, professeur de sciences politiques à l'université Luiss de Rome.

Mais ses positions extrêmes inquiètent les observateurs. « Vannacci représente une dérive dangereuse pour la démocratie italienne, avec son mépris des minorités et sa vision autoritaire de la société », avertit Francesca De Benedetti, journaliste politique au quotidien La Stampa.

Meloni entre stratégie et risque

Giorgia Meloni se trouve dans une position délicate. D'un côté, elle doit composer avec son allié Salvini, dont la campagne électorale s'appuie largement sur la popularité de Vannacci. De l'autre, elle cherche à rassurer Bruxelles et les marchés financiers sur sa capacité à gouverner de manière stable.

La Première ministre a tenté de minimiser l'impact de cette candidature, déclarant que « les électeurs sauront faire la différence entre un gouvernement sérieux et des provocations ». Mais les tensions au sein de la coalition sont palpables, et certains analystes évoquent la possibilité d'une recomposition politique après les européennes.

Un test pour l'extrême droite italienne

Les élections européennes du 8 et 9 juin constitueront un test majeur pour l'extrême droite italienne, qui espère renforcer son influence au Parlement européen. Vannacci, s'il est élu, pourrait rejoindre le groupe des Conservateurs et Réformistes européens (ECR), présidé par Giorgia Meloni, ou le groupe Identité et Démocratie (ID), où siège la Ligue.

En attendant, le général continue de sillonner l'Italie pour promouvoir son livre et sa vision politique. Ses meetings attirent des foules nombreuses, souvent venues l'acclamer comme un héros. « Je ne suis pas un politicien, je suis un soldat au service de l'Italie », a-t-il lancé lors d'un rassemblement à Rome, sous les applaudissements de ses partisans.

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Cette candidature cristallise les tensions qui traversent la droite italienne, entre une ligne modérée incarnée par Meloni et une ligne radicale portée par Vannacci. L'issue du scrutin européen pourrait bien redessiner les équilibres politiques du pays, avec des conséquences au-delà des frontières italiennes.