Une troisième vague de protestations massives secoue les États-Unis
Ce samedi, des millions d'Américains sont descendus dans les rues pour la troisième grande manifestation « No Kings » depuis juin 2025. Avec 8 millions de participants, contre 7 millions en octobre 2025 et 5 millions en juin 2025, le mouvement de contestation prend de l'ampleur. Plus de 3 300 rassemblements ont été organisés dans les 50 États pour protester contre ce que les manifestants perçoivent comme une dérive autoritaire du président Donald Trump.
La guerre en Iran et le coût de la vie au cœur des préoccupations
Emily, 27 ans, brandit une pancarte reprenant un slogan des GIs pendant la guerre du Vietnam : « La guerre est un bon business, investissez-y votre fils ». « La guerre du Vietnam était inutile. Et je pense que la guerre en Iran est inutile », explique-t-elle. Comme beaucoup, elle dénonce l'engagement militaire américain en Iran, qui pèse sur les finances publiques et le quotidien des citoyens.
Les taux d'approbation de Donald Trump n'ont jamais été aussi bas, à 36 % selon un sondage Reuters/Ipsos. Seulement 25 % des sondés approuvent son action sur le coût de la vie, une de ses principales promesses de campagne. « Cette guerre me brise le cœur, nos impôts, nos soldats sont en train de commettre un crime », répète Joseph A., dont la pancarte fait référence au jugement de Nuremberg.
Répression de l'immigration et tensions locales
Cette troisième vague de manifestations avait pour thème central la répression de l'immigration illégale. Les villes de Saint-Paul et Minneapolis, dans le Minnesota, sont devenues des symboles de cette lutte. L'ICE (Agence de l'immigration et des douanes) y continue les arrestations brutales de migrants, ayant même causé la mort de citoyens américains comme Renée Good et Alex Pretti cet hiver.
Devant le Capitole de Minneapolis, Bruce Springsteen a interprété une chanson en hommage aux victimes. « Les troupes fédérales ont apporté la mort et la terreur dans les rues de Minneapolis. Ils ont choisi la mauvaise ville », a déclaré le musicien.
Une démocratie sous tension
Les manifestants expriment une profonde inquiétude quant au fonctionnement des institutions. « Honnêtement, les mêmes problèmes sont là », soupire Emily, qui doute que les élections générales de mi-mandat se déroulent normalement. La priorité législative de Trump, le SAVE Act, qui imposerait une preuve de citoyenneté pour s'inscrire sur les listes électorales, est perçue comme une forme de suppression d'électeurs.
Amy A. résume le sentiment de nombreux participants : « J'espère que votre pays sait que les actions de notre pays ne viennent pas des cœurs des citoyens. Elles viennent d'un fou ». Comme tous ici, elle espère que les élections de novembre changeront la donne, mais reste sceptique.
Washington, théâtre des transformations controversées
À Washington, les manifestants ont parcouru les lieux symboliques des projets controversés de Trump : depuis le pont où doit être construit l'« Arc de Trump », le long du National Mall près du futur Jardin national des héros américains, jusqu'à la Maison-Blanche dont l'aile Est a été détruite pour une salle de bal géante.
Sarah Kampelman, 67 ans, a les larmes aux yeux : « Mon père était président de l'Institute of Peace sur lequel Trump a mis son nom. Il doit se retourner dans sa tombe ». Elle croit à la théorie selon laquelle 3,5 % de la population manifestant pacifiquement peut renverser un régime autoritaire.
200 milliards pour la guerre, paralysie du Congrès
La colère monte aussi contre le Congrès, accusé de paralysie. « Congrès, fais ton boulot ! », crient les manifestants devant le Capitole. Mary Flynn, 66 ans, s'indigne : « Nous avons de l'argent pour les bombes, mais pas pour nourrir nos enfants ou les éduquer ». Trump a demandé 200 milliards de dollars pour financer la guerre en Iran, tandis que le Département de la sécurité intérieure fonctionne sans budget voté.
Perspectives politiques incertaines
Malgré la dégringolade de Trump dans les sondages, la base MAGA reste fidèle. Les démocrates ne profitent pas pleinement de cette défiance : seuls 34 % des sondés les considèrent comme de meilleurs gestionnaires de l'économie. Certains évoquent James Talarico, nouvelle star démocrate au Texas, comme espoir pour 2028.
Sur scène, les intervenants appellent à la destitution, bien que la procédure semble difficilement réalisable. Monica Curca, artiste militante, est fatiguée des références au seuil des 3,5 % : « Je ne crois pas que le vote suffise cette fois ». Jay, qui brandit des documents liés à Epstein, est plus radical : « Il faut tout péter, c'est la seule solution ».
Joseph A., lui, veut garder foi dans les institutions : « Les Américains font toujours ce qui est juste. Après avoir fait n'importe quoi ». Alors que le pays s'achemine vers des élections cruciales, ces manifestations massives témoignent d'une démocratie américaine profondément divisée et inquiète pour son avenir.



