Un renversement historique dans l'opinion américaine
Depuis 2001, l'institut Gallup mesure régulièrement la perception du conflit israélo-palestinien par le public américain. Pendant près de deux décennies, une majorité écrasante des citoyens exprimait sa préférence pour la cause israélienne. Cependant, depuis 2020, on observe un fléchissement significatif de cette popularité, aboutissant cette année à un véritable renversement de tendance.
La cause palestinienne prend l'avantage
Pour la première fois dans l'histoire de ce sondage, la cause palestinienne devance désormais celle d'Israël avec 41% de soutien contre 36%. Cette évolution marque un tournant majeur dans la perception américaine du conflit. Les images de la guerre à Gaza ont profondément marqué l'opinion publique, éclipsant dans les mémoires les événements du 7 octobre 2023.
Le clivage politique est particulièrement frappant : 65% des électeurs démocrates expriment aujourd'hui leur sympathie pour les Palestiniens, tandis que seulement 17% soutiennent Israël. Cette polarisation reflète une transformation profonde des positions au sein du parti démocrate, où la jeune génération se montre particulièrement critique envers la politique israélienne.
L'AIPAC en difficulté face à la montée de l'antisémitisme
Face à cette évolution, l'AIPAC, le puissant lobby pro-israélien, tente de contrer la tendance en finançant lors des primaires des candidats favorables à Israël. Cependant, cette stratégie pourrait paradoxalement alimenter la montée de l'antisémitisme au sein de la gauche américaine, créant un cercle vicieux difficile à briser.
Le déclin du soutien traverse les partis
Les républicains et la doctrine « America First »
Le phénomène ne se limite pas au camp démocrate. Au sein du parti républicain également, on observe une méfiance croissante envers l'allié israélien. Cette évolution s'inscrit dans le cadre de la doctrine « America First » portée par le mouvement MAGA, qui prône que les États-Unis ne doivent plus entrer en guerre pour défendre des alliés, mais uniquement pour leurs propres intérêts nationaux.
Comme chez les démocrates, ce sont les jeunes républicains qui se montrent les moins favorables à Israël, suggérant que ce changement d'attitude dépasse les clivages partisans traditionnels pour refléter une transformation générationnelle plus profonde.
Le poids des générations
Les générations qui ont vécu les guerres des Six-Jours et du Kippour, traditionnellement plus favorables à Israël, quittent progressivement le pouvoir et disparaissent de la scène politique. Pour des raisons démographiques évidentes, les partisans de la cause sioniste vont devenir de moins en moins nombreux au sein du dernier grand allié d'Israël, annonçant des relations bilatérales potentiellement plus complexes à l'avenir.
La relation Trump-Netanyahou sous tension
Un partenariat déséquilibré
La relation entre Donald Trump et Benjamin Netanyahou fait l'objet d'analyses contradictoires. Certains médias présentent le Premier ministre israélien comme ayant entraîné le président américain dans le conflit iranien. Cependant, selon Daniel C. Kurtzer et Aaron David Miller du Carnegie Endowment, il n'y a pas eu de manipulation : Trump s'est engagé dans cette guerre en pleine connaissance de cause, prêt à prendre des risques pour des raisons qui lui sont propres.
Il est vrai que Netanyahou considère le renversement du pouvoir islamiste à Téhéran comme « la mission de sa vie », et qu'il a probablement décidé du moment de l'attaque contre le régime des mollahs. Mais Trump avait lui-même encouragé les manifestants iraniens dès janvier, promettant une aide rapide, ce qui a conduit au déploiement d'une impressionnante armada aéronavale.
Les limites de l'influence américaine
« Les deux partenaires ne sont pas égaux », soulignent les analystes. L'influence du président américain sur son allié israélien reste disproportionnée, comme le démontrera le moment où Trump décidera d'arrêter les hostilités : Netanyahou sera alors contraint de mettre fin aux opérations militaires.
Une guerre aux conséquences imprévisibles
Le coût stratégique et financier
Cette guerre, qualifiée de « typiquement trumpiste » par le comité de rédaction du New York Times, se caractérise par son chaos, son aspect personnel et sa mauvaise conduite. Le président américain semble s'être engagé sans stratégie claire, avec des objectifs flous : renverser le régime iranien ? Empêcher l'accès à l'arme nucléaire ? Désarmer les proxies du régime ?
Le conflit représente un coût considérable : 20 milliards de dollars selon les estimations, pour une région qui n'est plus une priorité stratégique des États-Unis, désormais plus focalisés sur l'Indo-Pacifique. Pourtant, comme le note Bret Stephens dans le New York Times, Israël démontre une capacité militaire impressionnante, réalisant autant de frappes sur l'Iran que les États-Unis malgré une population trente fois moindre.
Les scénarios pour l'Iran
Dans Foreign Affairs, Kenneth M. Pollack examine les possibilités de changement de régime en Iran. Si sur le plan militaire, la République islamique apparaît affaiblie, « les succès de la campagne militaire ne garantissent pas un changement de régime ». Le scénario le plus probable reste la survie du régime actuel, qui serait alors renforcé dans sa détermination à accéder à la puissance nucléaire.
D'autres possibilités incluent une prise de pouvoir par les militaires ou, moins probablement, un renversement par les forces démocratiques. Dans l'immédiat, une action plus réalisable pour la coalition américano-israélienne serait d'aider le gouvernement libanais à se débarrasser du Hezbollah, affaiblissant ainsi significativement l'influence iranienne dans la région.
L'Italie fragilisée par son référendum
La défaite de Giorgia Meloni
Pendant ce temps, en Europe, l'Italie traverse une crise politique. Giorgia Meloni a subi une défaite cinglante avec 54% des votants rejetant son référendum sur la réforme de la Justice. Cette première défaite de son mandat fragilise considérablement son gouvernement et ouvre la voie à un possible remaniement ministériel, voire à des élections anticipées.
Les conséquences pour la stabilité italienne
La victoire du « non » crée une situation complexe. Certains commentateurs craignent l'émergence d'une « République judiciaire » où les juges, échappant à une réforme jugée de « pur bon sens », pourraient se sentir légitimés par ce résultat populaire. Dans un contexte de tensions économiques aggravées par la guerre en Iran, l'Italie a besoin d'un gouvernement fort, ce qui pourrait nécessiter de nouvelles élections pour former une majorité plus stable.
Cette situation illustre comment les tensions au Moyen-Orient résonnent bien au-delà de la région, affectant la stabilité politique des alliés des États-Unis et d'Israël, et compliquant davantage la résolution d'un conflit aux multiples dimensions régionales et internationales.



