En annonçant, le 1er mai, le retrait de 5 000 soldats américains déployés en Allemagne, le président des États-Unis, Donald Trump, avait consterné outre-Rhin. Certes, depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump incite vivement les Européens à se charger eux-mêmes de leur sécurité en investissant davantage dans leur défense. Le ministre de la Défense allemand, Boris Pistorius, avait immédiatement rappelé qu’il était prévu que les États-Unis pourraient retirer leurs troupes d'Europe, y compris d'Allemagne. D’autant plus que la relation entre Donald Trump et le chancelier allemand Friedrich Merz s’est dégradée, après les critiques de ce dernier contre l’opération américaine en Iran.
Mais tout de même, la présence militaire américaine en Allemagne relevait d’un gage de sécurité presque immuable dans le pays, héritage de sa reconstruction après la Seconde Guerre mondiale. L’Allemagne possède ainsi le plus gros contingent de troupes américaines en Europe, avec environ 35 000 soldats actifs.
« Il est temps que les soldats américains rentrent chez eux »
Pourtant, passé le choc, cette annonce semble faire consensus parmi les représentants politiques allemands et a été saluée par plusieurs partis politiques de droite comme de gauche. Pour le parti d’extrême droite AfD, ce repli était attendu et désiré. Le programme du parti pour les élections de l’année dernière mentionnait d'ailleurs le « retrait de toutes les troupes alliées stationnées sur le sol allemand, et en particulier de leurs armes nucléaires ».
De l’autre côté du spectre politique, la députée du parti d’extrême gauche BSW, Sevim Dağdelen partage le même avis : « Nous sommes extrêmement reconnaissants de l’aide apportée pour vaincre les nazis. Mais 81 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, après les Russes, les Britanniques et les Français, il est temps aussi que les soldats américains rentrent chez eux. »
Ainsi, avec le soutien de membres d’autres formations, dont Die Linke (extrême gauche) et le SPD (gauche), les partis en faveur du départ des forces américaines représentent un tiers des électeurs. L’idée d’un désengagement américain en Europe fait aussi son chemin parmi les citoyens. Selon un sondage de la fondation allemande Bertelsmann, 76 % des Allemands considèrent que l’Europe doit « suivre sa propre voie, après un demi-siècle de coopération avec les États-Unis ».
Un pare-feu à la menace russe
Ce retrait des militaires américains représente pour beaucoup une opportunité d’affirmer et de renforcer l’autonomie de l’Allemagne en matière de défense, en vue de faire de l’armée allemande « la plus puissante d’Europe sur le plan conventionnel », comme le souhaitait Friedrich Merz peu après son élection, il y a un an. À l’échelle du continent, cette décision ouvre la voie à une Europe plus forte pour sa défense collective et plus active au sein de l’Otan, où l’Allemagne jouerait un rôle de leader.
Autre argument : le repli de soldats, ainsi que le possible abandon du déploiement américain de missiles de longue portée en Allemagne, serait un pare-feu à la menace russe. « Nous nous sommes opposés dès le départ au projet de missiles américains à longue portée en Allemagne », explique Sören Pellmann, co-président du groupe parlementaire du parti Die Linke. « Non seulement parce que cela constitue un facteur d'escalade, mais aussi parce que cela aurait exposé la région à des attaques potentielles… Si vous ne vous exposez pas, vous avez moins de chances d'être attaqué. » Ce serait un moyen pour l’Allemagne de montrer patte blanche à la Russie et de la persuader qu'elle ne cherche pas une offensive militaire, afin d’éviter une course à l’armement.



