La guerre en Iran de Trump divise sa base Maga et menace les républicains aux midterms
Guerre en Iran : Trump divise sa base et menace les républicains

L'effet de surprise de Trump en Iran pourrait se retourner contre lui

Donald Trump manie l'effet de surprise comme rarement un président américain avant lui. Mais avec sa décision de frapper l'Iran le 28 février, la surprise du chef d'État est peut-être celle de trop. Chaque jour qui passe renforce l'impression que le président américain s'est engagé dans une guerre sans stratégie claire, avec le risque de se retrouver enlisé dans un conflit long et coûteux, tant sur le plan financier que politique.

Une base Maga en pleine contestation

Aux États-Unis, à huit mois des élections de mi-mandat, la base Maga montre des signes de contestation. Le long silence du vice-président J.D. Vance, resté muet pendant près de 72 heures après la décision de lancer les frappes avant de finalement défendre l'opération sur Fox News, n'a pas manqué de faire couler de l'encre. Dans un récent article publié dans The Atlantic, le journaliste Jonathan Lemire décrit comment Donald Trump est passé d'"America First" à "America Last".

Bien que les républicains risquent de subir une débâcle au Congrès en novembre, celui qui couvre la Maison-Blanche depuis 2016 estime que Donald Trump a bien plus à perdre encore. "Il n'a jamais vraiment été l'isolationniste qu'il promettait d'être au départ", analyse pour L'Express l'auteur de The Big Lie (2022, Flatiron Books, non traduit).

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Les risques politiques pour l'entourage de Trump

Jonathan Lemire identifie plusieurs personnes qui ont beaucoup à perdre si cette guerre se prolonge. "Le président lui-même est bien sûr attentif à ses sondages, déjà en baisse ces derniers mois, et la première vague de chiffres suggère que cette guerre n'est pas particulièrement populaire", explique-t-il. "Mais Trump ne se représentera plus devant les électeurs."

Le journaliste pointe deux autres catégories particulièrement vulnérables :

  • Le vice-président J.D. Vance, considéré comme le favori pour l'investiture républicaine de 2028
  • Les républicains qui briguent un siège en novembre, avec des majorités déjà très étroites à la Chambre et au Sénat

"Si la guerre en Iran tourne mal, si les prix de l'essence augmentent, si cette décision est perçue comme une véritable erreur, ce sera une raison supplémentaire de se retrouver en réelle difficulté aux élections de mi-mandat", prévient Lemire.

La marginalisation de J.D. Vance

Certains observateurs voient dans la décision de Donald Trump d'intervenir en Iran une humiliation pour J.D. Vance. "Le mot 'humiliation' me semble un peu fort, mais je dirais que cela donne l'impression que Vance est devenu marginal, mis sur la touche", nuance Jonathan Lemire. "Son avis ne semble tout simplement pas peser lourd."

En revanche, le secrétaire d'État Marco Rubio, considéré dans certains cercles comme le principal rival de Vance pour l'investiture républicaine de 2028, voit sa stature renforcée par cette crise. "Cette crise ne fait qu'accroître son prestige : il était à l'avant-garde de l'opération visant à capturer Nicolas Maduro au Venezuela, et il l'est également dans celle-ci", note le journaliste.

L'impopularité de la guerre auprès de la base Maga

Selon un sondage Reuters/Ipsos, seul un Américain sur quatre approuve les frappes américaines contre l'Iran. La base Maga, traditionnellement isolationniste, montre des signes de mécontentement. Des figures comme Tucker Carlson ou Marjorie Taylor Greene dénoncent cette guerre, estimant qu'elle trahit les engagements anti-interventionnistes de Trump.

"La majorité des républicains suivent encore largement le président Trump, peut-être pas avec enthousiasme, mais ils le suivent", analyse Jonathan Lemire. "Mais au sein de la base Maga, c'est une autre affaire. Que ce soit chez Tucker Carlson, Steve Bannon, Marjorie Taylor Greene ou Megyn Kelly, cette opération en Iran est profondément impopulaire."

Le revirement idéologique de Trump

Jonathan Lemire explique le passage de Trump d'"America First" à "America Last" par plusieurs facteurs :

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  1. Trump n'a jamais vraiment été l'isolationniste qu'il promettait d'être
  2. Il est devenu plus à l'aise avec l'idée d'utiliser l'armée
  3. Il est profondément attiré par l'idée de construire un héritage qui lui survivra

"Il est séduit par l'idée d'accomplir ce que ses prédécesseurs - républicains comme démocrates - n'ont pas réussi à faire : redessiner la carte du monde", explique le journaliste.

Les scénarios catastrophiques pour Trump

Si un scénario de sortie de crise optimiste existe pour Donald Trump, Jonathan Lemire en voit deux autres, catastrophiques, se profiler :

Premier scénario : "Si le conflit se prolonge sur des semaines ou des mois et devient coûteux, surtout en vies américaines, mais aussi en ressources. Si la guerre s'enlise et que les Américains se montrent très frustrés, ce serait une défaite politique significative pour Trump."

Second scénario : "Trump met fin au conflit rapidement mais en laissant derrière lui une situation chaotique. Un Iran encore plus déstabilisé, une population encore plus opprimée, un régime plus dangereux au pouvoir."

Une opération précipitée et mal planifiée

"L'administration s'est précipitée dans cette opération avant d'être pleinement prête, et cela se reflète dans les messages contradictoires sur les raisons de l'intervention", critique Jonathan Lemire. "Un jour, ils affirment que l'Iran était sur le point de se doter de l'arme nucléaire, le lendemain ils disent ne pas chercher de changement de régime."

Le journaliste estime que Trump s'est convaincu, après l'opération au Venezuela, que l'armée américaine pouvait régler les choses rapidement et de façon décisive. "Il s'est tellement épris de ce concept qu'il a cru que ce serait tout aussi facile ici. Or l'Iran est évidemment bien plus complexe que le Venezuela", souligne-t-il.

Un président transformé par le pouvoir

Jonathan Lemire, qui couvre l'actualité de la Maison-Blanche depuis 2016, observe une évolution notable chez Donald Trump. "Il est resté le même sur certains points : imprévisible, pas particulièrement discipliné, toujours non conventionnel", reconnaît-il. "Mais il a aussi changé. Il s'est bien plus habitué au pouvoir."

"Durant son premier mandat, il s'inclinait parfois devant les souhaits de ses collègues républicains ou devant l'opinion publique. Ce n'est plus le cas", analyse le journaliste. "Il fait confiance à son instinct, croit avoir toujours raison, et cite volontiers son spectaculaire retour politique comme preuve de cela."

Le constat final de Jonathan Lemire est sans appel : "Il est déterminé à laisser une empreinte extraordinaire dans l'Histoire, sans se laisser contraindre par quoi que ce soit, ni par qui que ce soit." Une détermination qui, dans le contexte de la guerre en Iran, pourrait bien se retourner contre lui et son parti à l'approche des élections de mi-mandat.