Pakistan: restrictions sévères pour les journalistes étrangers
Pakistan: restrictions sévères pour les journalistes étrangers

Le gouvernement pakistanais a annoncé, vendredi 7 août, une série de mesures restreignant considérablement la liberté d'informer des journalistes étrangers sur son territoire. Ces nouvelles règles, publiées dans un décret officiel, imposent notamment l'obtention d'une autorisation préalable pour tout déplacement hors de la capitale, Islamabad, et un contrôle renforcé des contenus diffusés.

Un durcissement sans précédent

Selon le texte, les correspondants de presse étrangers devront désormais solliciter un permis spécial auprès du ministère de l'Intérieur pour chaque voyage en dehors de la zone métropolitaine d'Islamabad. Les demandes devront être soumises au moins 15 jours à l'avance, avec un préavis de réponse de 10 jours. En outre, toute interview de personnalités politiques, militaires ou religieuses devra être approuvée par les autorités, sous peine de sanctions allant jusqu'à l'expulsion.

Les médias étrangers devront également fournir une copie de leurs reportages avant publication, afin de vérifier leur conformité avec les lois locales. Cette mesure, jugée liberticide par de nombreuses organisations de défense de la presse, a été justifiée par le gouvernement comme un moyen de lutter contre la désinformation et de protéger la sécurité nationale.

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Réactions vives de la communauté internationale

La Fédération internationale des journalistes (FIJ) a immédiatement condamné ces restrictions, les qualifiant d'« attaque sans précédent contre la liberté de la presse ». Dans un communiqué, son secrétaire général, Anthony Bellanger, a déclaré : « Ces mesures réduisent au silence les voix indépendantes et entravent le droit du public à une information fiable. Nous appelons le Pakistan à revenir sur cette décision. »

De son côté, Reporters sans frontières (RSF) a souligné que ces restrictions interviennent dans un contexte déjà difficile pour les médias au Pakistan, classé 157e sur 180 pays dans son classement mondial de la liberté de la presse. L'ONG a recensé au moins 12 journalistes tués dans le pays depuis 2018, et de nombreux autres ont été victimes de menaces ou de poursuites judiciaires.

Impact sur l'accès à l'information

Les correspondants étrangers, qui couvrent notamment les zones tribales et les régions frontalières avec l'Afghanistan, craignent que ces nouvelles règles ne les empêchent de travailler efficacement. « Nous ne pourrons plus nous rendre sur le terrain sans autorisation, ce qui rendra impossible le suivi de sujets sensibles comme les opérations militaires ou les mouvements de réfugiés », a confié un journaliste européen basé à Islamabad, sous couvert d'anonymat.

Les autorités pakistanaises, elles, affirment vouloir « encadrer le travail des journalistes étrangers pour éviter toute ingérence dans les affaires internes ». Le ministère de l'Intérieur a précisé que les demandes d'autorisation seraient examinées au cas par cas, et que les refus devraient être motivés.

Des précédents inquiétants

Cette décision intervient alors que le Pakistan a déjà expulsé plusieurs journalistes étrangers ces dernières années, notamment pour des reportages jugés critiques envers l'armée. En 2023, un correspondant d'une chaîne britannique avait été contraint de quitter le pays après avoir diffusé un documentaire sur les violations des droits de l'homme dans la région du Baloutchistan.

Les nouvelles restrictions pourraient également affecter les agences de presse internationales qui disposent de bureaux à Islamabad, comme l'AFP, Reuters ou Associated Press. Ces agences devront se conformer aux nouvelles règles ou risquer de voir leurs accréditations retirées.

Un climat de plus en plus répressif

Les défenseurs de la liberté de la presse notent que ces restrictions s'inscrivent dans une tendance plus large de durcissement du contrôle des médias au Pakistan. Depuis 2022, le gouvernement a renforcé la loi sur la diffamation et a bloqué l'accès à plusieurs sites d'information en ligne. Les réseaux sociaux sont également étroitement surveillés, et les critiques du pouvoir en ligne sont régulièrement arrêtés.

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La nouvelle réglementation devrait entrer en vigueur dès le 1er septembre prochain, laissant peu de temps aux journalistes étrangers pour s'adapter. Les associations professionnelles ont annoncé qu'elles allaient saisir la Cour suprême du Pakistan pour contester la légalité de ces mesures, estimant qu'elles violent les articles 19 et 19A de la Constitution, qui garantissent la liberté d'expression et le droit à l'information.

En attendant, les correspondants étrangers en poste à Islamabad décrivent une atmosphère de plus en plus pesante. « Nous savons que chaque article que nous écrivons peut être scruté et utilisé contre nous. C'est une forme d'autocensure qui s'installe », a confié une journaliste américaine, qui a requis l'anonymat.

La communauté internationale, de son côté, devra décider si elle prend des mesures de rétorsion, comme des sanctions ciblées ou des pressions diplomatiques. Les États-Unis et l'Union européenne ont déjà exprimé leur « profonde préoccupation » face à ces restrictions, mais n'ont pas annoncé de mesures concrètes pour l'instant.