Norouz à Bordeaux : entre tradition persane et contestation politique
Vendredi 20 mars, une trentaine de personnes se sont rassemblées place de la Comédie à Bordeaux pour célébrer Norouz, l'entrée dans la nouvelle année du calendrier solaire persan. À 15h46 précisément, le monde est entré dans l'année 2585 selon cette tradition millénaire. Cette fête, symbolisant le renouveau printanier et l'équinoxe, est habituellement fêtée au sein des foyers de la communauté iranienne bordelaise, estimée entre 300 et 600 personnes. Cependant, en 2026, la célébration a quitté la sphère privée pour investir le cœur de la ville, devant le Grand-Théâtre, révélant ainsi une dimension politique inédite.
Une fête ancestrale devenue symbole de résistance
Norouz, fête liée au zoroastrisme – la première religion monothéiste bien antérieure à l'islam – incarne un Iran différent de celui gouverné par les mollahs. Pierrot Amani, un Franco-Iranien ayant francisé son prénom, souligne avec conviction : « C'est une fête qu'aucun régime n'a pu effacer ». Sur les escaliers du Grand-Théâtre, une nappe traditionnelle était déployée, mêlant symboles du Norouz – pommes pour la beauté et la santé, vinaigre pour la patience et la sagesse, blé germé pour la renaissance – et visages de sept opposants tués par le régime islamique. Cette juxtaposition illustre parfaitement la dualité de l'événement : célébration culturelle et acte de protestation.
Hommage aux victimes et aspirations démocratiques
La célébration a débuté par un hommage poignant à trois jeunes Iraniens exécutés par pendaison le jeudi 19 mars au matin. La dimension politique s'est ensuite affirmée à travers la diffusion de l'hymne national du régime royal iranien, composé par un musicien français, dans ses versions persane et française, suivie de La Marseillaise. Pierrot Amani explique cet attachement : « La France, c'est notre deuxième patrie. Nous sommes en phase avec l'idée de laïcité. Nous aspirons à la liberté, l'égalité et la fraternité ». Ces paroles résonnent comme un manifeste pour un Iran démocratique, loin de l'oppression théocratique.
Une ambiance musicale entre tradition et provocation
En fin de rassemblement, l'ambiance a basculé vers une tonalité plus provocatrice avec une danse collective sur un morceau musical incorporant un sample de la voix de Donald Trump déclarant « Khamenei is dead ». Ce choix musical audacieux, mêlant culture pop et critique politique, pourrait bien être réentendu dans les semaines à venir. En effet, le collectif informel à l'origine de cette célébration envisage de se structurer en association, probablement sous le nom évocateur de « Le Lion et le soleil », symbole historique de la Perse pré-islamique.
Cette célébration de Norouz à Bordeaux dépasse donc largement le cadre traditionnel. Elle devient un espace d'expression pour une communauté iranienne en exil, cherchant à préserver ses racines culturelles tout en dénonçant les violations des droits humains et en rêvant d'un Iran libre et démocratique. La place de la Comédie, habituellement lieu de spectacle, s'est transformée en scène politique où se joue, à petite échelle, le drame d'une nation divisée entre tradition et modernité, oppression et liberté.



