Dans un entretien au Monde, l'écrivain gabonais Janis Otsiemi dresse un constat alarmant sur l'état de la liberté d'expression dans son pays. « La liberté d'expression se réduit chaque jour comme peau de chagrin », déclare-t-il, évoquant une autocensure généralisée et des pressions croissantes sur les journalistes.
Un climat de peur et d'autocensure
Selon Janis Otsiemi, auteur de plusieurs romans noirs, la situation s'est dégradée ces dernières années. Les journalistes et les écrivains hésitent à aborder des sujets sensibles comme la politique ou les affaires de corruption, par crainte de représailles. « On assiste à une forme d'autocensure qui est peut-être plus dangereuse que la censure directe », explique-t-il.
L'écrivain souligne que les médias indépendants sont particulièrement visés. Plusieurs journaux ont été suspendus ou ont vu leurs journalistes intimidés. En 2025, le journaliste d'investigation Maxime Domegni a été arrêté puis relâché après avoir enquêté sur des soupçons de détournement de fonds publics.
Une loi liberticide en préparation
Janis Otsiemi s'inquiète également d'un projet de loi sur la presse actuellement en discussion au Parlement. Ce texte prévoit des peines de prison pour les journalistes qui publieraient des informations jugées « fausses » ou « de nature à troubler l'ordre public ». « C'est une menace directe contre la liberté d'informer », dénonce-t-il.
L'écrivain rappelle que le Gabon, classé 108e sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières en 2025, a perdu plusieurs places ces dernières années. « Nous reculons chaque année un peu plus », regrette-t-il.
Un appel à la mobilisation
Face à cette situation, Janis Otsiemi appelle les intellectuels et la société civile à se mobiliser. « Il faut que les Gabonais prennent conscience que la liberté d'expression est un bien précieux qui se défend au quotidien », affirme-t-il. Il cite l'exemple d'autres pays africains où la société civile a réussi à faire reculer des lois liberticides.
L'écrivain conclut sur une note d'espoir : « Malgré tout, il y a encore des voix qui s'élèvent. Des jeunes journalistes, des blogueurs, des artistes qui refusent le silence. C'est de là que viendra le changement. »



