France Télévisions a retiré de son site de replay une séquence de l’émission « La Grande Librairie » dans laquelle la comédienne Adèle Haenel accusait l’État d’Israël de « commettre un génocide en Palestine ». Cette décision, intervenue après la diffusion en direct mercredi soir sur France 5, a provoqué une vive polémique, la comédienne et plusieurs personnalités de gauche dénonçant une « censure », tandis que le groupe public affirme avoir pris une « mesure conservatoire » dans l’attente de l’avis de l’Arcom.
Une « carte blanche » retirée du replay
Dans son intervention, Adèle Haenel, invitée pour présenter son livre « Viser Juste », avait déclaré, face à la caméra : « Il faut parler pour redire ce qu’il y a dans ce silence, afin que tout le monde l’entende : l’État d’Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice ». Ces propos ont été suivis d’une « carte blanche » de fin d’émission, un format où l’invité principal s’exprime librement.
Le retrait de cette séquence du replay a immédiatement suscité des réactions indignées. Olivier Faure, candidat à la primaire socialiste, a écrit sur le réseau social X : « Le principe d’une carte blanche, c’est de laisser la parole. Quelle conclusion en tirer ? Y a-t-il des points de vue interdits ? Y avait-il des propos qui relevaient du délit ? En l’absence de justification, cette suppression est une honte ». De même, la députée LFI Clémence Guetté a publié un message dénonçant une séquence « censurée par France Télévision », ajoutant : « La raison ? Les derniers mots, contre le génocide, pour la Palestine. Merci Adèle Haenel. Elle a été simplement effacée du replay. Répondez-leur. Diffusez-la ».
La direction se défend de toute censure
Interrogée par l’AFP, la direction de France Télévisions a fermement rejeté l’accusation de censure. « Il n’y a aucune censure », a-t-elle affirmé, rappelant qu’Adèle Haenel était « l’invitée principale de La Grande Librairie », qu’elle a pu présenter son livre « en toute liberté » et qu’elle a même été choisie pour la « carte blanche » de fin d’émission, qui a été diffusée. Le groupe public explique cependant avoir suspendu le replay « face à de multiples saisines », car son cahier des charges est « extrêmement strict sur le sujet ». Cette suspension vise à laisser l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, « mener son travail d’évaluation par mesure conservatoire ».
Adèle Haenel, âgée de 37 ans, a réagi sur Instagram, estimant que cette suppression faisait « la démonstration parfaite de la pertinence des propos qui consistaient à dire qu’en fait il y a certains mots, certaines réalités que tout le monde sait et qui ne doivent surtout pas être dites ». Elle a également précisé avoir établi un lien « entre la silenciation et le déni autour des VSS (violences sexistes et sexuelles) et la silenciation et le déni autour du génocide en Palestine ».
Des réactions politiques contrastées
Plusieurs responsables de gauche, dont le sénateur PCF Ian Brossat, ont également dénoncé cette suppression. À l’inverse, le député RN Julien Odoul a estimé qu’Adèle Haenel « relayait la propagande des islamistes du Hamas, sans contradiction ni nuance » dans cette séquence. La polémique intervient dans un contexte de guerre à Gaza, où les accusations de génocide contre Israël sont régulièrement portées par des voix pro-palestiniennes, tandis que les autorités françaises et européennes condamnent ces propos comme relevant de la propagande.
L’Arcom doit désormais évaluer la séquence litigieuse. En attendant, le replay reste suspendu, et le débat sur la liberté d’expression et les limites du discours politique dans les médias publics demeure vif.



