Au Chili, dans le détroit de Magellan, des autochtones revendiquent l'usage ancestral des espaces côtiers
Chili: autochtones revendiquent espaces côtiers ancestraux

Dans le détroit de Magellan, au sud du Chili, les communautés autochtones kawésqar et yagan revendiquent l'usage ancestral des espaces côtiers, menacés par l'expansion de l'industrie salmonicole et du tourisme de croisière. Selon un rapport de l'ONG Terram, publié en juin 2026, plus de 70 % des concessions aquacoles dans la région de Magallanes chevauchent des zones traditionnellement utilisées par ces peuples.

Des droits ancestraux bafoués

Les Kawésqar, nomades marins, et les Yagan, pêcheurs et chasseurs, occupent ces rivages depuis des millénaires. Pourtant, la législation chilienne ne reconnaît pas leurs droits territoriaux sur le littoral. "Nous avons toujours vécu ici, mais l'État nous ignore", déplore Marta Cárdenas, représentante de la communauté kawésqar de Puerto Edén. Le gouvernement, de son côté, affirme que la loi sur la pêche et l'aquaculture de 2020 permet de concilier développement économique et protection des usages coutumiers.

Une mobilisation croissante

En mai 2026, une cinquantaine de familles autochtones ont bloqué l'accès au port de Punta Arenas pendant trois jours, paralysant le trafic maritime. Cette action a été suivie d'une pétition adressée au président Gabriel Boric, exigeant la création d'une "zone côtière protégée des peuples autochtones". Le texte a recueilli plus de 15 000 signatures. Selon le sociologue Juan Carlos Olivares, de l'Université du Chili, "cette mobilisation sans précédent montre que les communautés ne veulent plus être invisibilisées".

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L'impact de l'industrie salmonicole

L'industrie du saumon, en pleine expansion dans la région, est l'une des principales sources de conflit. Les concessions aquacoles occupent désormais 12 % des côtes du détroit, selon le ministère de l'Économie. Les rejets organiques et les produits chimiques utilisés dans les fermes piscicoles contaminent les zones de pêche traditionnelles. "Nous ne pouvons plus pêcher nos coquillages, tout est pollué", témoigne Luis González, pêcheur yagan de l'île Navarino. Un rapport de l'Institut de la pêche de 2025 a montré une baisse de 40 % des stocks de moules et d'oursins dans les zones proches des concessions.

Le tourisme de croisière, une autre menace

Parallèlement, le tourisme de croisière connaît une croissance rapide. En 2025, 180 navires de croisière ont traversé le détroit, transportant 250 000 passagers, soit une augmentation de 30 % par rapport à 2020. Les déchets et le bruit perturbent la faune marine, notamment les colonies de manchots et de lions de mer. Les communautés autochtones, qui tirent un revenu modeste du tourisme artisanal, se retrouvent marginalisées par les grandes compagnies. "Les touristes passent des heures sur nos terres, mais nous n'en voyons presque aucun bénéfice", dénonce Rosa Vargas, guide yagan.

Vers une reconnaissance juridique ?

Face à ces pressions, le gouvernement Boric a annoncé en mars 2026 la création d'une commission interministérielle chargée d'étudier la reconnaissance des droits ancestraux sur les espaces côtiers. Les conclusions sont attendues pour fin 2027. Cependant, les communautés restent sceptiques. "Nous avons déjà entendu des promesses par le passé", rappelle Marta Cárdenas. La Convention 169 de l'OIT, ratifiée par le Chili en 2008, stipule pourtant que les gouvernements doivent consulter les peuples autochtones avant d'autoriser des projets sur leurs terres. Mais selon une étude de l'Université de Magallanes, seulement 15 % des concessions aquacoles ont fait l'objet d'une consultation préalable.

Un enjeu identitaire et environnemental

Au-delà des aspects économiques, la revendication des espaces côtiers est aussi un enjeu identitaire. "La mer est notre maison, notre histoire, notre vie", affirme un membre de la communauté kawésqar. Pour les scientifiques, la protection de ces zones pourrait aussi bénéficier à la biodiversité. Le détroit de Magellan abrite des écosystèmes uniques, comme les forêts de kelp géantes, qui jouent un rôle clé dans la séquestration du carbone. Une étude de l'Institut écologique de Punta Arenas estime que ces forêts pourraient stocker jusqu'à 200 tonnes de CO2 par hectare. La reconnaissance des droits autochtones pourrait donc contribuer à la lutte contre le changement climatique.

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