Sept mois après la capture de Nicolas Maduro, le Venezuela est à un tournant critique. Le gouvernement intérimaire, dirigé par la présidente par intérim Maria Corina Machado, doit faire face à une crise économique dévastatrice et à une opposition politique fragmentée. Selon les dernières estimations, l'économie vénézuélienne s'est contractée de 4,5 % au premier semestre 2026, avec une inflation galopante dépassant les 300 % sur un an.
Une transition sous tension
La capture de Maduro en janvier dernier a été saluée comme une victoire par la communauté internationale, mais la réalité sur le terrain est complexe. Les partisans de l'ancien régime restent actifs, et des manifestations pro-Maduro ont éclaté dans plusieurs villes, réprimées dans le sang par les forces de l'ordre. Le bilan officiel fait état de 23 morts et de plus de 200 blessés lors de ces affrontements.
Le gouvernement intérimaire a promis des élections libres et transparentes dans les prochains mois, mais les conditions ne semblent pas réunies. Le Conseil national électoral, récemment réformé, manque de moyens et de crédibilité. Selon un sondage récent, seuls 38 % des Vénézuéliens croient en la tenue d'élections crédibles.
La crise économique, principal défi
La situation économique reste le principal défi. Le pays souffre d'une hyperinflation persistante, d'une pénurie de produits de première nécessité et d'une dette extérieure colossale. Les réserves internationales sont au plus bas, ne couvrant que deux mois d'importations. Le gouvernement intérimaire a lancé un plan d'austérité drastique, mais celui-ci est impopulaire et a provoqué des grèves générales.
La production pétrolière, pilier de l'économie, a chuté à 700 000 barils par jour, soit une baisse de 30 % par rapport à l'année dernière. Les infrastructures vieillissantes et le manque d'investissements étrangers entravent toute reprise. Selon l'économiste Jose Manuel Puente, "sans un accord avec le FMI et une aide internationale massive, le Venezuela risque de sombrer dans une décennie perdue".
Des divisions politiques profondes
Sur le plan politique, le gouvernement intérimaire est fragilisé par des divisions internes. L'opposition, qui avait fait front commun contre Maduro, est désormais éclatée en plusieurs factions rivales. Maria Corina Machado doit composer avec des alliés parfois encombrants et une légitimité contestée par certains secteurs.
Les chavistes, bien que décapités, conservent une base sociale importante et des relais dans l'administration. Ils pourraient saboter la transition par des actions de déstabilisation. La communauté internationale, notamment les États-Unis et l'Union européenne, a reconnu le gouvernement intérimaire, mais adopte une attitude attentiste, conditionnant leur aide à des progrès concrets.
L'urgence humanitaire
La crise humanitaire s'aggrave. Selon l'ONU, plus de 7 millions de Vénézuéliens ont besoin d'une aide humanitaire urgente, et 4 millions ont fui le pays depuis 2015. Les hôpitaux manquent de médicaments et de matériel de base, et la malnutrition infantile est en hausse. Le Programme alimentaire mondial a lancé un appel aux dons, mais les fonds sont insuffisants.
Le gouvernement intérimaire a promis de rétablir l'État de droit et de lutter contre la corruption, mais les résultats tardent. Les Vénézuéliens, épuisés par des années de crise, oscillent entre espoir et scepticisme. Comme le dit une habitante de Caracas, "nous voulons croire que cette fois est la bonne, mais nous avons été déçus tant de fois"



