Le président tchèque Petr Pavel a annoncé mardi avoir déposé un recours auprès de la Cour constitutionnelle après avoir été écarté par le gouvernement du rôle de représentant de la République tchèque au prochain sommet de l'Otan. Ancien général de l'Otan, Petr Pavel a participé à tous les sommets de l'organisation depuis son entrée en fonction en 2023, comme tous ses prédécesseurs depuis Václav Havel en 1999, année de l'adhésion du pays à l'Alliance.
Une décision « exceptionnellement regrettable »
Le gouvernement nationaliste du Premier ministre et milliardaire Andrej Babis a décidé lundi que Petr Pavel resterait au pays lors du sommet à Ankara, prévu les 7 et 8 juillet. Andrej Babis a déclaré qu'il irait lui-même à Ankara accompagné du ministre des Affaires étrangères Petr Macinka, aussi président du parti des Motoristes (droite eurosceptique), et du ministre de la Défense Jaromir Zuna, nommé par le SPD (extrême droite).
« J'ai déposé un recours en conflit de compétences devant la Cour constitutionnelle afin de clarifier les pouvoirs du président et du gouvernement en matière de représentation du pays à l'étranger, en particulier lors du sommet de l'Otan », a déclaré le président dans un long communiqué. Il a qualifié la décision du gouvernement d'« inédite et exceptionnellement regrettable », en invoquant la constitution, qui prévoit que le président a le droit de représenter le pays à l'étranger. La Cour constitutionnelle a déclaré avoir reçu le recours et qu'elle l'examinerait en priorité.
Des relations tendues entre les deux hommes
Andrej Babis a de son côté justifié la composition de la délégation en parlant d'une décision « pragmatique » : les ministres pourront mieux expliquer pourquoi Prague ne respecte pas son engagement de dépenses de défense envers l'Otan. Le chef de l'Otan, Mark Rutte, a en effet récemment indiqué que la République tchèque n'avait pas atteint les 2 % du PIB consacrés à la défense en 2025, et le Premier ministre a ensuite affirmé que l'objectif ne serait pas non plus atteint cette année.
Les relations entre Petr Pavel et Andrej Babis sont tendues. Le premier a battu le second lors de l'élection présidentielle de 2023 et a été réticent fin 2025 à certaines nominations dans le gouvernement d'Andrej Babis, qui est à la tête d'une coalition comprenant son mouvement attrape-tout ANO, le SPD et les Motoristes.
Enfin, Petr Pavel est un fervent partisan de l'Ukraine, qui combat l'invasion russe depuis 2022, tandis que le gouvernement a rejeté toute aide militaire directe à Kiev.



