Ceuta: la crise Espagne-Italie en cinq actes
Ceuta: la crise Espagne-Italie en cinq actes

L'Espagne a commencé ce samedi 8 août à effectuer des contrôles temporaires aux frontières dans ses ports et aéroports pour les voyageurs en provenance d'Italie, une mesure de rétorsion rarissime. Cette décision fait suite à la suspension par Rome de l'accord de Schengen pour les ressortissants de pays tiers venant d'Espagne, après l'entrée massive de 72 000 migrants dans l'enclave de Ceuta.

Acte 1 : 72 000 migrants entrent à Ceuta

La crise trouve son origine dans les événements de la semaine dernière, lorsque 72 000 migrants ont franchi la frontière depuis le Maroc vers Ceuta, territoire espagnol en Afrique du Nord. Ce mouvement d'une ampleur sans précédent a provoqué une onde de choc dans l'Union européenne.

Des associations marocaines de défense des droits humains ont estimé qu'au moins 141 personnes ont péri en cherchant à rejoindre Ceuta, pour beaucoup à la nage. Un bilan qui risque de s'alourdir, selon ces organisations.

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Acte 2 : Rome suspend Schengen depuis l'Espagne

Les images de Ceuta ont suscité de vives critiques de plusieurs pays de l'UE, partisans d'une ligne dure sur l'immigration irrégulière. La Première ministre italienne Giorgia Meloni a annoncé, dès le début des événements, vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, une proposition soutenue par la Finlande et le Danemark.

La ministre finlandaise de l'Intérieur, Mari Rantanen, a déclaré : « Les pays qui ne remplissent pas leur obligation de protéger la frontière extérieure ne peuvent pas être membres de Schengen. » De son côté, la Première ministre danoise Mette Frederiksen a jugé que « l'UE doit immédiatement prendre toutes les mesures nécessaires et envisager toutes les options, y compris une suspension de la coopération Schengen ».

Acte 3 : l'Espagne rassure ses partenaires

Le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez a tenté de calmer le jeu. Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a plaidé le 4 août : « L'espace Schengen n'a jamais été en danger, pas même en danger minimal. » Il a ajouté : « En aucun cas l'espace Schengen n'a été compromis dans cette crise. »

Madrid a précisé que 70 000 des 72 000 migrants entrés illégalement avaient déjà été renvoyés au Maroc. Le Danemark s'est félicité de la réponse espagnole. Le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a souligné que ses collègues européens avaient « convenu que la question de l'espace Schengen n'était pas vraiment le problème, mais plutôt la solution ». Il a ajouté : « Tous les États membres, tous sans aucune exception, ont marqué leur solidarité avec l'Espagne. »

Acte 4 : l'Italie maintient ses contrôles

Malgré ces efforts, le gouvernement italien a assuré n'avoir « en aucun cas l'intention de revenir sur la décision de suspendre l'application de l'accord de Schengen aux ressortissants de pays tiers en provenance d'Espagne, au moins jusqu'au 15 août ». Une décision qualifiée par l'Espagne « d'inéquitable, contraire aux intérêts de l'UE et discriminatoire pour la population espagnole ».

Acte 5 : l'Espagne réplique en pointant la pression migratoire en Italie

En réponse, l'Espagne a menacé de mesures de rétorsion si Rome ne lève pas rapidement la suspension. Le ministre de l'Intérieur a communiqué samedi à l'Union européenne la décision du gouvernement espagnol : des contrôles sur les liaisons aériennes et maritimes, en vigueur jusqu'au 7 septembre, seront effectués « de manière aléatoire », en se concentrant particulièrement « sur les passagers qui sont ressortissants de pays tiers, afin de vérifier le respect des exigences prévues par le Code frontières Schengen ».

Lors des vols contrôlés, les agents effectuent les vérifications à la sortie de la passerelle, sans perturber le flux des passagers. Le ministère a souligné que « les autorités espagnoles suivent avec attention l'évolution de la situation migratoire dans l'espace Schengen et, en particulier, la pression migratoire constatée sur la route de la Méditerranée centrale qui affecte la République italienne ». Pourtant, il est peu probable qu'un afflux de migrants de Ceuta se dirige vers l'Italie, ni qu'un afflux de migrants débarqués en Italie n'arrive en Espagne.

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