Au Sud-Liban, l'attente sans fin des familles de disparus
Sud-Liban : l'attente sans fin des familles de disparus

Depuis plus de deux ans, des centaines de familles libanaises vivent dans l'incertitude la plus totale. Leurs proches ont disparu lors du conflit qui a déchiré le sud du Liban en 2023. Aujourd'hui, ils n'ont toujours aucune nouvelle, aucune preuve de vie, aucun corps à enterrer. « Si cela dure encore, mon cœur ne tiendra pas », confie Abou Hassan, un père de trois enfants, assis devant la maison délabrée de son fils aîné, enlevé par un groupe armé non identifié.

Un conflit qui laisse des traces indélébiles

Le conflit de 2023, qui a opposé le Hezbollah à des factions rivales, a fait des milliers de morts et de blessés, mais aussi des centaines de disparus. Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), plus de 800 personnes sont portées disparues dans la région. Les familles, souvent démunies, tentent de mener leurs propres enquêtes, mais se heurtent à un mur de silence.

« Nous avons frappé à toutes les portes : les autorités locales, les organisations humanitaires, les chefs religieux. Rien n'y fait », explique Oum Ali, dont le mari a été enlevé alors qu'il se rendait à son travail. « Parfois, je reçois des appels anonymes qui me disent qu'il est vivant, mais je n'ai aucune preuve. »

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Le rôle des organisations humanitaires

Le CICR et d'autres ONG tentent de documenter ces disparitions, mais l'accès aux zones de conflit reste limité. « Nous recueillons des témoignages, nous croisons des données, mais sans accès physique aux lieux, il est très difficile de confirmer le sort des disparus », explique Maria Abi, porte-parole du CICR au Liban. « Les familles ont besoin de réponses, ne serait-ce que pour faire leur deuil. »

Selon un rapport de l'ONG Human Rights Watch, au moins 300 personnes seraient détenues au secret dans des prisons clandestines. Les autorités libanaises, fragilisées par la crise politique, peinent à agir. « Le gouvernement est paralysé, les institutions sont dysfonctionnelles. Les familles sont livrées à elles-mêmes », déplore Rami Khoury, analyste politique.

Un quotidien marqué par l'absence

Dans les villages du sud, chaque jour est une attente. Les mères cuisinent encore le plat préféré de leur fils, les épouses gardent le lit vide. « Je ne peux pas me résoudre à le croire mort. Je n'ai pas vu son corps. Il est peut-être prisonnier quelque part », dit Oum Ali, les larmes aux yeux.

Le gouvernement libanais, sous pression, a promis une commission d'enquête, mais rien n'a été mis en place. « Les promesses, on en a assez. On veut des actes », s'emporte Abou Hassan, qui a dépensé toutes ses économies pour tenter de retrouver son fils.

Des espoirs qui s'amenuisent

Avec le temps, l'espoir s'effrite. Certaines familles organisent des enterrements symboliques, d'autres se tournent vers la religion. « Je prie tous les jours pour qu'il revienne, mais je sais que les chances diminuent », confie une mère. Le conflit de 2023 a laissé des cicatrices profondes, et la question des disparus reste l'une des plus douloureuses.

Les organisations internationales appellent à une action urgente. « Chaque jour qui passe est un jour de souffrance pour ces familles. Il est impératif que toutes les parties au conflit coopèrent pour faire la lumière sur ces disparitions », insiste Maria Abi. En attendant, les familles continuent de veiller, espérant un signe, une nouvelle, une fin à leur calvaire.

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