Sud Liban : les habitants reviennent constater les dégâts sans espoir de retour
Sud Liban : habitants reviennent sans espoir après la guerre

Sud Liban : le retour éphémère des habitants dans les ruines de leurs maisons

Dans le sud du Liban, la trêve actuelle n'offre qu'un répit précaire aux habitants qui reviennent brièvement constater les dégâts dans leurs maisons détruites. Ils récupèrent quelques effets personnels avant de repartir, sans croire à une normalisation durable de la situation.

Joumana à Nabatiyé : un retour douloureux et sans illusion

Le samedi, Joumana est revenue à Nabatiyé, la deuxième ville chiite du sud du Liban, accompagnée de son frère. Leur objectif était simple : voir les dégâts. La maison familiale, une bâtisse des années 1950, a été partiellement détruite par le souffle d'une bombe qui visait un immeuble voisin. « On nous avait dit qu'elle avait été touchée », explique-t-elle en déplaçant un volet arraché.

Dans la partie la plus exposée, les vitres et les portes ont volé en éclats. Les pièces baignent dans une poussière blanche omniprésente. À l'intérieur, Joumana ne s'attarde pas. Elle ramasse rapidement des vêtements d'été et quelques babioles sentimentales. « Je ne reste pas. C'est trop dur », confie-t-elle. Son quartier est privé d'eau et d'électricité, rendant toute vie normale impossible.

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Dans quelques heures, elle reprendra la route vers Beyrouth, où elle vit depuis la guerre de 2024. Comme de nombreux autres habitants, cette divorcée d'une cinquantaine d'années est venue constater les dégâts et sauver ce qui pouvait l'être, sans envisager le moindre retour définitif. « Je me sens vide », avoue-t-elle. Interrogée sur un éventuel retour si la guerre se termine, elle hausse les épaules, incapable de répondre. L'absence de visibilité et la perspective d'un Sud durablement occupé par Israël ou maintenu sous la menace des drones la sidèrent complètement.

Nabatiyé transformée par quarante-six jours de guerre

Les quarante-six jours de guerre ont profondément transformé Nabatiyé et le quotidien de ses soixante-quinze mille habitants. La ville a subi des bombardements qui ont défiguré cette cité commerçante et culturelle, causant au moins une vingtaine de morts. « Les frappes ont été moindres qu'en 2024, mais plus meurtrières », résume un responsable municipal qui, lui non plus, n'est pas rentré de manière permanente. « On attend », dit-il simplement.

La trêve de dix jours, entrée en vigueur le 16 avril entre le Hezbollah et Israël, ne ramène aucune normalité. Au mieux, elle apporte un court répit. Plus au sud, à Tyr, les bombardements n'ont d'ailleurs pas cessé complètement. Des violations du cessez-le-feu continuent d'être signalées régulièrement. Les termes de l'accord, favorables à Israël, laissent à l'État hébreu une large marge de manœuvre pour frapper à nouveau. « C'est le calme avant la tempête », glisse un vendeur de fruits et légumes sur la place centrale de Tyr.

Ce commerçant a rouvert samedi matin dans une rue encore encombrée de gravats : ceux de 2024, qui avaient ravagé le vieux souk ottoman, et ceux des dernières semaines, qui ont frappé les quartiers périphériques. « Passé le week-end, les gens sont repartis », constate-t-il amèrement.

Des frappes de précision aux conséquences dramatiques

Dans le Haut de Nabatiyé, le docteur Mohammed Farran montre deux maisons rasées par les bombardements. « Ici, une frappe de précision a tué deux familles avec enfants. Ils ont utilisé des GBU », explique-t-il. Ces bombes guidées, par GPS ou laser, sont larguées depuis des avions et conçues pour frapper avec une extrême précision.

La maison d'une famille chiite venue d'Afrique a été entièrement pulvérisée. Des corps ont été retrouvés sous les décombres, dont ceux d'enfants. « À l'ère de la guerre “intelligente”, alors que les systèmes israéliens sont capables d'identifier un combattant même masqué, comment expliquer autant de victimes civiles ? », s'interroge le médecin, qui n'a jamais quitté Nabatiyé pendant le conflit.

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Une vie qui ne peut plus continuer ainsi

Pour les habitants qui restent, la vie ne peut plus continuer dans ces conditions. « Les morts sont chaque fois plus nombreux », murmure Sœur Rose, l'une des nonnes de l'École des sœurs antonines, venue constater les dégâts dans son établissement. L'école, qui accueille normalement mille deux cents élèves, est fermée depuis le début de la guerre et a elle-même été touchée par les bombardements.

« Je ne reconnais plus ma ville. J'ai peur de descendre au centre-ville, j'ai peur d'y voir trop d'horreurs », confie la religieuse, exprimant le sentiment partagé par de nombreux habitants. La trêve actuelle ne représente qu'une pause temporaire dans un conflit qui a déjà profondément marqué le sud du Liban, laissant une population désemparée face à un avenir incertain.