Vendredi 7 août, à La Mecque, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a franchi une étape décisive dans sa stratégie de sécurité régionale en recevant le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif. Les trois dirigeants ont signé un accord de défense conjoint, présenté comme une alliance de défense collective. Selon ce pacte, toute attaque armée contre l'un des trois pays sera considérée comme une attaque contre tous. Al-Jazeera évoque un « nouvel ordre régional », tandis que Foreign Policy compare cette alliance à un pacte régional sur le modèle de l'OTAN, consolidant la puissance de trois poids lourds régionaux.
Un accord aux contours encore flous
Le ministère pakistanais des Affaires étrangères a précisé que « l'accord vise à renforcer la dissuasion collective contre tout acte d'agression et stipule que toute attaque armée contre l'un des trois États sera considérée comme une attaque contre eux tous ». Derrière cette formulation, le message adressé à l'Iran semble difficile à ignorer. Pour certains analystes, cette union constitue « une tentative visant à établir un rempart contre de futures attaques iraniennes », rapporte The Wall Street Journal, cité par Courrier International.
La portée exacte de cet engagement reste toutefois floue. Si le principe de solidarité est clairement posé, l'accord ne précise pas les obligations de chacun en cas de conflit. Un responsable turc, cité par Reuters, a insisté sur son caractère « purement défensif ». Le véritable test interviendra si l'un des membres est effectivement attaqué : il faudra alors déterminer si le pacte devient une véritable architecture de sécurité régionale ou reste une déclaration politique.
Une protection supplémentaire pour l'Arabie saoudite
Pour l'Arabie saoudite, frappée à plusieurs reprises par Téhéran, le pacte pourrait apporter une protection supplémentaire. Si les confrontations directes ont largement cessé après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril, des groupes soutenus par l'Iran au Yémen et en Irak ont continué de viser le royaume. Un responsable saoudien a déclaré à CNN que Riyad se préparait à une attaque majeure et coordonnée de milices soutenues par l'Iran, avec l'appui des Gardiens de la révolution. En réaction, Ebrahim Rezaei, membre de la commission de la sécurité nationale iranienne, a tweeté : « Les Saoudiens doivent comprendre qu'un accord sur le papier avec la Turquie et le Pakistan ne leur apportera pas la sécurité, tout comme des années d'exploitation unilatérale des Américains ne le leur ont pas permis ».
Ce pacte vient compléter un partenariat de sécurité de longue date avec Washington, dans un contexte de doutes croissants sur la fiabilité des États-Unis à protéger leurs alliés du Golfe, estime CNN. Riyad s'entoure de puissances non négligeables : la Turquie possède la deuxième armée de l'OTAN en nombre d'hommes, derrière les États-Unis, tandis que le Pakistan est la seule nation musulmane dotée de l'arme nucléaire.
Des intérêts stratégiques pour Ankara et Islamabad
Jusque-là restés en retrait dans le conflit impliquant l'Iran, la Turquie et le Pakistan trouvent désormais dans ce pacte des intérêts stratégiques propres, tout en renforçant leur poids dans la région. Pour la Turquie, le gain est notamment stratégique : selon Al Jazeera, le pacte étend son rayonnement vers le Golfe et l'Asie du Sud et lui ouvre l'accès à de nouvelles ressources financières grâce à un programme d'armement conjoint.
Pour le Pakistan, l'accord intervient alors que les tensions avec l'Inde ont dégénéré en conflit ouvert en mai 2025. Mais au-delà de leurs intérêts respectifs, Ankara et Islamabad partagent une préoccupation commune : éviter une escalade avec l'Iran, avec lequel ils partagent tous deux une frontière. Le Pakistan doit composer avec son importante population chiite et ses relations délicates avec Téhéran. La Turquie, de son côté, partage avec l'Iran des préoccupations autour du séparatisme kurde, malgré leur rivalité dans d'autres dossiers régionaux.
Une solidarité à l'épreuve des faits
Reste une inconnue majeure : jusqu'où cette solidarité ira-t-elle si la guerre s'étend ? L'accord ne précise pas les modalités d'intervention en cas d'agression, et les analystes s'interrogent sur la capacité des trois pays à coordonner une réponse militaire face à une puissance comme l'Iran. La Turquie et le Pakistan, bien que proches de l'Arabie saoudite, entretiennent des relations complexes avec Téhéran, ce qui pourrait limiter leur engagement effectif. Seul l'avenir dira si ce pacte marque le début d'une nouvelle ère de sécurité régionale ou s'il restera un simple accord de principe.



