Le groupe néerlandais Accell Group, numéro un européen du vélo, traverse une grave crise financière qui a des répercussions directes sur son partenaire français Cycles Lapierre. Ce dernier, basé à Dijon, a déposé le bilan, victime de la déconfiture de son principal actionnaire.
Une chute brutale pour un acteur historique
Cycles Lapierre, entreprise familiale fondée en 1946, était devenue une référence dans le vélo haut de gamme. En 2022, le fonds d'investissement KKR a racheté Accell Group, endettant lourdement l'entreprise pour financer l'acquisition. La hausse des taux d'intérêt et la baisse de la demande de vélos post-pandémie ont mis le groupe en difficulté, le contraignant à céder ses actifs.
Selon des sources proches du dossier, Accell Group a annoncé en juillet 2026 la vente de sa filiale Lapierre à un consortium d'investisseurs, mais l'opération a échoué, laissant l'entreprise française sans soutien financier. Le tribunal de commerce de Dijon a prononcé le redressement judiciaire de Cycles Lapierre le 5 août, avec une période d'observation de six mois.
Impact sur l'emploi et la production
L'entreprise emploie environ 120 salariés à Dijon et dans son site de production de Mâcon. La direction a déjà annoncé un plan de sauvegarde de l'emploi, mais l'avenir reste incertain. « C'est un coup dur pour toute la région et pour le savoir-faire français du vélo », a déclaré le maire de Dijon, François Rebsamen, lors d'une conférence de presse.
Le marché du vélo en Europe a connu un net ralentissement après l'engouement lié à la pandémie. Les ventes ont chuté de 15 % en 2025, selon les données de l'Association européenne des fabricants de vélos (CONEBI). Accell Group, qui possède également les marques Batavus, Koga et Ghost, a vu son chiffre d'affaires chuter de 20 % au premier semestre 2026.
Une filière en pleine restructuration
Cette déconfiture s'inscrit dans un mouvement plus large de consolidation du secteur du vélo en Europe. Plusieurs fabricants ont fermé ou réduit leur activité, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas. La concurrence asiatique, notamment chinoise, et la hausse des coûts des matières premières ont fragilisé les acteurs historiques.
Cycles Lapierre, qui sponsorise l'équipe cycliste professionnelle Groupama-FDJ, pourrait néanmoins trouver un repreneur. Le tribunal de commerce examinera les offres de reprise le 15 septembre. Plusieurs investisseurs, dont des fonds régionaux, se sont déjà manifestés. Selon le syndicat CGT, un repreneur pourrait sauver une partie des emplois, mais le site de Mâcon est menacé.
Le gouvernement appelle à la mobilisation
Le ministre de l'Industrie, Marc Ferracci, a réagi en annonçant la mise en place d'une cellule de crise pour accompagner les salariés et rechercher des solutions de reprise. « Nous ne laisserons pas tomber une entreprise emblématique de notre industrie », a-t-il déclaré sur France Bleu Bourgogne. Il a également appelé les collectivités locales à soutenir le projet de reprise.
L'avenir de Cycles Lapierre dépendra de la capacité des repreneurs à relancer la production et à maintenir la marque. En attendant, les salariés sont dans l'attente, espérant que cette page sombre ne sera qu'un mauvais souvenir. La filière vélo française, qui représente 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 20 000 emplois, retient son souffle.



