Jean-Guy Talamoni, figure historique du nationalisme corse et ancien président de l'Assemblée de Corse, a officiellement demandé l'arrêt du processus d'autonomie en cours. Dans une déclaration publiée ce mardi, il estime que les discussions avec le gouvernement n'ont pas abouti à des avancées suffisantes pour justifier leur poursuite. Selon lui, le processus engagé par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, ne répond pas aux attentes des Corses.
Une décision motivée par un bilan jugé insuffisant
Jean-Guy Talamoni, qui a été l'un des principaux artisans de l'ouverture des négociations, justifie sa position par un constat sévère : « Nous avons participé à ce processus avec sérieux, mais nous ne pouvons pas accepter des discussions qui ne débouchent sur rien de concret. » Il déplore notamment l'absence de progrès sur la reconnaissance de la spécificité de la Corse, la coofficialité de la langue corse ou encore le statut de résident.
Cette demande d'arrêt intervient alors que les pourparlers devaient se poursuivre dans les prochaines semaines. Talamoni, qui représente le courant indépendantiste de la chambre des territoires, estime que le gouvernement n'a pas montré une volonté politique suffisante. Il appelle à une refonte complète du dialogue, exigeant des garanties écrites avant toute nouvelle discussion.
Les réactions politiques en Corse et à Paris
Cette annonce a provoqué des réactions contrastées. D'un côté, les partisans de l'autonomie modérée, comme le président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, ont exprimé leur regret, tout en restant ouverts à la poursuite des échanges. De l'autre, les opposants à l'autonomie, notamment au sein de la droite locale, ont salué cette décision, y voyant la preuve que le processus était voué à l'échec.
À Paris, le ministère de l'Intérieur n'a pas encore réagi officiellement. Toutefois, des sources proches du dossier indiquent que le gouvernement reste déterminé à poursuivre le dialogue, mais qu'il ne cédera pas sur des points jugés non négociables, comme l'unité de la République.
Un processus déjà fragilisé par des tensions
Le processus d'autonomie, lancé en 2022 après l'apaisement des tensions postérieures à l'assassinat d'Yvan Colonna, avait déjà connu des ratés. Les discussions avaient été suspendues à plusieurs reprises, notamment en raison de désaccords sur le périmètre des compétences transférées. Talamoni avait déjà menacé de se retirer en début d'année, mais il avait finalement accepté de rester à la table des négociations.
Cette fois, la rupture semble consommée. Selon un sondage réalisé en mars dernier, 62 % des Corses se déclarent favorables à une autonomie élargie, mais seulement 38 % estiment que le gouvernement actuel est capable de la mettre en œuvre. Ces chiffres, publiés par le quotidien Corse-Matin, illustrent le scepticisme grandissant de la population.
Quelles conséquences pour l'avenir de la Corse ?
L'arrêt du processus pourrait raviver les tensions sur l'île, où certains groupes nationalistes radicaux appellent à une désobéissance civile. Jean-Guy Talamoni, tout en demandant l'arrêt, a appelé à la « mobilisation pacifique » et à la poursuite du combat politique. Il a également évoqué la possibilité d'un référendum local, si les conditions étaient réunies.
Le gouvernement, de son côté, devra décider s'il relance le dialogue ou s'il enterre définitivement le projet. Une chose est sûre : la question de l'autonomie corse reste un sujet brûlant, susceptible de peser sur l'agenda politique national.



