Une humanitaire française de l'Unicef tuée dans une frappe à Goma en RDC
Karine Buisset, une ressortissante française âgée de 54 ans travaillant pour le Fonds des Nations unies pour l'Enfance (Unicef), a été tuée mercredi à l'aube à Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo. La maison qu'elle occupait dans le quartier résidentiel de Himbi a été atteinte par un engin explosif lors d'une frappe, selon les informations du parquet national antiterroriste (Pnat).
Une enquête pour crime de guerre ouverte
Ce vendredi 13 mars 2026, le Pnat a annoncé l'ouverture d'une enquête « de flagrance contre X du chef de meurtre constitutif de crime de guerre ». Les investigations ont été confiées à l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité de la gendarmerie nationale (OCLCH). Elles devront éclaircir les circonstances précises de cette attaque et tenir informés les proches de la victime.
Le Pnat a indiqué que les faits apparaissent « en lien avec une situation de conflit armé opposant les forces congolaises et le mouvement dit M23 ». Des sources sécuritaires contactées par l'Agence France-Presse estiment que les frappes visaient initialement des responsables ou des proches du groupe armé M23, et que la maison occupée par Karine Buisset aurait été touchée par erreur. Deux autres civils ont également perdu la vie lors de cet incident.
Le contexte du conflit dans l'est de la RDC
Le mouvement rebelle M23, soutenu par le Rwanda selon de multiples rapports internationaux, contrôle de vastes parties de l'est de la RDC depuis fin 2021. Cette région, riche en ressources minières, est ravagée par près de trente ans de conflits armés récurrents. Les forces gouvernementales de Kinshasa, positionnées à plusieurs centaines de kilomètres de Goma, mènent régulièrement des frappes de drones à longue portée sur les positions du M23. De son côté, le groupe armé utilise également des drones kamikazes sur le front, selon des sources militaires.
Le porte-parole du M23 a immédiatement accusé l'armée congolaise d'avoir mené l'attaque ayant coûté la vie à l'humanitaire française. Le gouvernement de la RDC, quant à lui, a exprimé sa « profonde tristesse » et assuré qu'il ne « saurait entreprendre une action qui contrarie les valeurs qu'il a toujours défendues ». Kinshasa a annoncé l'ouverture d'une enquête sur « les circonstances » et « l'origine des explosions » pour faire « toute la lumière sur les faits ».
Les réactions internationales et personnelles
L'Unicef s'est déclaré « profondément bouleversé et indigné » par la mort de sa collaboratrice. « Le personnel humanitaire ne doit jamais être pris pour cible. C'est le droit international. [...] Il doit être respecté », a souligné Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, qui a exprimé son « indignation ».
Le président français Emmanuel Macron a appelé « au respect du droit humanitaire et des personnels [...] sur place », adressant « le soutien et l'émotion de la Nation » aux proches de Karine Buisset. Mère de deux enfants, cette dernière était décrite par un ami proche comme une « personne très humaine », passionnée par l'Afrique où elle avait effectué de multiples missions humanitaires.
Installée depuis dix ans à Belz, dans le Morbihan en Bretagne, elle était présentée par ses voisins comme une personne « ayant le cœur sur la main », selon le quotidien local Le Télégramme. Le quartier de Himbi à Goma, où résidait Karine Buisset, abrite de nombreux expatriés, personnels et sièges d'organisations humanitaires. Des vastes propriétés y ont été réquisitionnées par des cadres du mouvement rebelle M23, ce qui en fait une zone à haut risque dans le contexte du conflit actuel.



