Des groupes de hacktivistes pro-russes, dont NoName057(16), Dark Storm et CyberTroll Team, ont uni leurs forces pour lancer « l’opération France » ces dernières semaines. Selon Damien Bancal, commandant de réserve de la gendarmerie et fondateur du site Zataz.com, plusieurs dizaines d’attaques DDoS ont visé à paralyser des sites français au cours des 15 derniers jours, notamment des portails de l’administration.
Une vague coordonnée d'attaques contre des organisations françaises
Le samedi 17 octobre, une vingtaine d’organisations françaises, de la Fédération française de tir à l’enseigne O’Tacos, ont été simultanément visées. Cette date n’est pas un hasard : ces groupes de pirates inscrivent leur opération dans le cadre du mouvement social qui secoue l’Hexagone.
NoName057(16) a déclaré sur ses canaux : « L’Italie a montré que le mécontentement peut se transformer en action. Maintenant, c’est au tour de la France », après des affrontements à Milan et à la veille des manifestations qui ont viré aux émeutes à Paris comme à Nice. Le groupe prédisait : « Le 17 octobre 2026, les rues feront à nouveau entendre leur voix plus fort que les bureaux du pouvoir », affirmant avoir « envoyé des milliers de messages aux participants des mobilisations » et promettant que « [son] équipe sera également présente dans les rues ». Avant de conclure : « La France n’est pas la destination finale. Ce n’est que le début. »
Une propagande pro-russe et des offres de service
Quelques jours plus tôt, ces cyber-délinquants revendiquaient une attaque contre le portail Cyclades de l’Éducation nationale, avec une capture d’écran du site frappé d’une patte d’ours, leur emblème, accompagnée de ce message en cyrillique : « En France, de nouveaux incendies et des émeutes ont éclaté. Cette fois-ci, les élèves ont été poussés à bout… Nous les soutenons dans leur détermination. »
Si certains de ces groupes, comme « Dark Storm Team », arborent parfois la panière palestinienne, les experts estiment qu’ils sont surtout connectés avec Moscou et ses élites. Damien Bancal partage cet avis : « Ils relayent clairement la propagande pro-Russe. » Cependant, il ne croit pas que le Kremlin soit derrière les émeutes en France ou en Italie : « Ces hacktivistes soufflent sur les braises, mais ils n’ont pas allumé le feu. »
Ils agiraient surtout « par opportunisme » : « À la fois parce que c’est l’occasion de s’en prendre à la France, en tant qu’allié de l’Ukraine, mais aussi par intérêt commercial », avance le fondateur de Zataz.com. Au milieu de leurs revendications, ils postent des offres de service : 20 $ pour faire tomber un site pendant trois heures, 50 $ pour huit heures de paralysie, 100 $ pour une journée entière.
Une opération d'Europol insuffisante
L’opération lancée par Europol en juillet 2025 contre NoName057(16), dans 12 pays dont la France, l’Allemagne et les États-Unis, n’a pas suffi à entamer leur capacité de nuire. Les six principaux suspects ont échappé au coup de filet. « Résidant en Fédération de Russie », précise Europol, les mandats d’arrêts lancés à leur encontre n’ont pas abouti.
Cette équipe continue de sévir en France, où on leur attribue des attaques contre le ministère de l’Éducation nationale, le Secrétariat général de la défense et de la Sécurité, et le syndicat de police Alliance. Certains experts en criminalité voient même leur ombre derrière la cyber-attaque des frigos qui a impacté près de 700 supermarchés dans la nuit du 12 au 13 octobre dernier. Des barricades aux blocages numériques, une forme de convergence des luttes s’est opérée ces derniers jours.