Esclavage arabe en Afrique : la polémique lancée par Ibrahim Traoré
Esclavage arabe en Afrique : la polémique Traoré

Le président du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, a récemment relancé le débat sur l'esclavage arabe en Afrique lors d'une interview télévisée, provoquant des réactions contrastées sur le continent. Dans cette intervention, il a affirmé que l'esclavage pratiqué par les Arabes en Afrique a été plus meurtrier que la traite transatlantique, une déclaration qui a immédiatement suscité des controverses.

Des chiffres qui divisent

Selon les historiens, environ 17 millions d'Africains ont été vendus comme esclaves dans le monde arabe entre le VIIe et le XXe siècle, un chiffre comparable aux 12 millions déportés vers les Amériques. Cependant, les estimations varient considérablement, certains chercheurs avançant jusqu'à 20 millions pour la traite arabe. Traoré a cité ces statistiques pour appuyer son propos, mais sans fournir de sources précises.

Réactions politiques et académiques

L'ONG Human Rights Watch a rappelé que l'esclavage sous toutes ses formes est condamnable, sans entrer dans la comparaison. De son côté, l'écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop a estimé que « ce débat est stérile et détourne l'attention des luttes actuelles contre le racisme et les inégalités ». Au Burkina Faso, l'opposition a accusé Traoré de chercher à diviser les communautés.

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Un contexte historique complexe

L'esclavage arabe, souvent moins documenté que la traite atlantique, a concerné principalement l'Afrique de l'Est et centrale, avec des routes commerciales traversant le Sahara et l'océan Indien. Les esclaves étaient utilisés dans les plantations, les mines et comme domestiques. Le professeur d'histoire à l'Université de Ouagadougou, Moussa Diallo, souligne que « les deux traites ont été tragiques, mais leurs mémoires sont inégalement reconnues ».

Un enjeu mémoriel et diplomatique

Cette polémique intervient alors que les relations entre l'Afrique subsaharienne et le monde arabe sont parfois tendues. En 2022, le Maroc a rappelé son ambassadeur au Burkina Faso après des propos jugés hostiles de Traoré. L'historien franco-sénégalais Ibrahima Thioub estime que « la question de l'esclavage arabe est un tabou dans les pays arabes, ce qui alimente les frustrations africaines ».

Un impact sur les politiques mémorielles

Plusieurs pays africains, comme le Sénégal et le Ghana, ont déjà mis en place des commissions sur la mémoire de l'esclavage. Traoré a appelé à une reconnaissance officielle de l'esclavage arabe, ce qui pourrait rapprocher les positions africaines lors des prochains sommets de l'Union africaine. Selon un diplomate burkinabé sous couvert d'anonymat, « le président veut que l'Afrique parle d'une seule voix sur ce sujet ».

Conclusion

Le débat lancé par Ibrahim Traoré ouvre une brèche dans le récit historique dominant, mais risque aussi de raviver des tensions ethniques et religieuses. Comme le résume l'écrivaine franco-sénégalaise Fatou Diome : « Il est temps de regarder l'histoire en face, mais sans en faire une arme de division ».

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