Le président sortant de la Colombie, Gustavo Petro, a lancé un avertissement solennel sur les risques de guerre civile dans le pays, au lendemain de l'élection contestée de son successeur. Dans une allocution télévisée, il a dénoncé des « irrégularités massives » lors du scrutin et a appelé ses partisans à la mobilisation, tout en excluant toute violence.
Une élection sous tension
Le scrutin, qui s'est déroulé dimanche, a vu la victoire annoncée du candidat de droite, Rodolfo Hernández, avec 52,3 % des voix selon le conseil électoral. Mais M. Petro, qui a recueilli 47,7 % des suffrages, a immédiatement contesté les résultats, évoquant des « preuves » de fraude dans plusieurs bureaux de vote, notamment dans les régions rurales.
« Nous ne pouvons pas accepter cette élection volée. Ce serait un précédent dangereux pour la démocratie colombienne », a-t-il déclaré, cité par la presse locale. Il a également pointé du doigt le rôle de certaines entreprises privées dans le financement de la campagne de son rival, sans toutefois fournir de preuves tangibles.
Un pays fracturé
La Colombie, déjà éprouvée par des décennies de conflit armé, se retrouve plongée dans une incertitude politique. Les manifestations pro-Petro se sont multipliées dans les grandes villes, comme Bogotá et Medellín, tandis que les partisans de Hernández appellent à la reconnaissance des résultats. Selon un sondage de l'institut Datexco, 68 % des Colombiens craignent une escalade de la violence.
« Le pays est au bord du précipice. Nous devons trouver une issue pacifique », a averti l'archevêque de Bogotá, Mgr Luis José Rueda, dans un appel au dialogue. Les États-Unis, principal allié de la Colombie, ont également exprimé leur préoccupation et appelé à la transparence.
Un précédent historique ?
La situation rappelle les crises post-électorales de 2007 au Kenya ou de 2010 en Côte d'Ivoire, où des contestations similaires avaient dégénéré en conflits meurtriers. Toutefois, la Colombie dispose d'institutions judiciaires et électorales qui pourraient jouer un rôle modérateur. Le conseil électoral a annoncé un audit indépendant des résultats, tandis que la Cour constitutionnelle pourrait être saisie.
Pour l'instant, Gustavo Petro a appelé à une « grande assemblée citoyenne » pour discuter des prochaines étapes. « Nous ne céderons pas à la provocation. Notre combat est pacifique, mais il est légitime », a-t-il insisté.
Des conséquences économiques et sociales
Au-delà de la crise politique, l'économie colombienne, déjà fragilisée par la pandémie et la chute des prix du pétrole, pourrait souffrir de l'instabilité. La monnaie locale, le peso, a chuté de 3 % à la suite des annonces de Petro, et les marchés s'inquiètent d'une paralysie de l'État. Les ONG de défense des droits humains redoutent également une répression des manifestations, rappelant les violences de 2021 qui avaient fait une cinquantaine de morts.
Dans les régions rurales, où la guérilla des FARC et d'autres groupes armés restent actifs, certains observateurs craignent une reprise des hostilités si la crise politique s'éternise. « Le risque de guerre civile est réel, mais pas inéluctable. Il dépend de la capacité des acteurs politiques à dialoguer », analyse Sandra Botero, politologue à l'université des Andes.
Alors que le pays retient son souffle, la communauté internationale, de l'ONU à l'Union européenne, a proposé sa médiation. Mais le temps presse : la passation de pouvoir est prévue dans soixante jours, et chaque jour qui passe semble éloigner un peu plus la perspective d'une transition apaisée.



