« Welcome to Israel » : c'est le message choisi par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, pour accompagner une vidéo postée sur X. On l'y voit s'extasier de l'humiliation des activistes de la flottille internationale pour Gaza, dite « Global Sumud ». Arrêtés en mer Méditerranée le 18 mai, environ 430 militants propalestiniens à bord d'une cinquantaine de bateaux partis de Turquie ont été amenés de force en Israël. Leur objectif annoncé était de « briser le siège illégal imposé par Israël [à Gaza] et acheminer une aide humanitaire vitale, tout en établissant une présence civile durable » dans la bande de Gaza. Ils étaient détenus dans un centre du port d'Ashdod.
Une visite ministérielle controversée
Mercredi 20 mai, Ben Gvir, accompagné du commissaire général de la police et du commissaire du service pénitentiaire, a rendu visite aux détenus. Ses services de communication ont capturé la scène pour publier la vidéo sur ses réseaux sociaux. Le film s'ouvre sur une femme scandant « Free Free Palestine », immédiatement mise à genoux par un agent. « Bon travail », commente Ben Gvir, sourire aux lèvres. Il brandit ensuite le drapeau israélien en lançant : « Bienvenue en Israël, nous sommes les patrons ici. » Les militants sont à genoux, menottés, tête baissée, tandis que l'hymne israélien est diffusé à tue-tête.
Un outil de campagne électorale
Cette vidéo n'a pas fuité ; elle a été délibérément publiée par le ministre, accompagnée de la phrase : « C'est ainsi que nous accueillons ceux qui soutiennent le terrorisme. » Ben Gvir, condamné en 2008 pour soutien à une organisation terroriste et incitation au racisme, s'adresse ainsi au public israélien. La vidéo, vue comme un outil de campagne électorale, a provoqué des condamnations internationales. Des ambassadeurs israéliens ont été convoqués en France, en Italie, au Canada, en Belgique, aux Pays-Bas, au Portugal et en Espagne.
Réactions françaises et internationales
Le 23 mai, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé : « À compter de ce jour, Itamar Ben Gvir est interdit d'accès au territoire français. » Il a justifié cette décision par « ses agissements inqualifiables à l'égard de citoyens français et européens passagers de la flottille Global Sumud ». Il a également demandé à l'Union européenne de prendre des sanctions à l'encontre de Ben Gvir.
Tensions au sein du gouvernement israélien
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a déploré cette « démonstration honteuse », déclarant : « Vous n'êtes pas le visage d'Israël. » Ben Gvir a répliqué : « Israël a cessé d'être un souffre-douleur. » Le Premier ministre Netanyahou a tenté de contenir l'indignation en affirmant que la manière de Ben Gvir « n'est pas conforme aux valeurs et aux normes d'Israël », tout en ordonnant l'expulsion des activistes. Moins de 24 heures plus tard, tous les participants avaient été expulsés.
Débat interne et contexte électoral
En Israël, le débat porte sur l'impact de cette vidéo sur l'image du pays. Pour beaucoup, elle nuit à l'effort de hasbara (communication positive). Pour d'autres, elle soulève des questions sur le traitement des militants. Yaïr Golan, chef du parti de gauche Les Démocrates, a qualifié Ben Gvir de « criminel et dégât stratégique ». Netanyahou, qui a introduit Ben Gvir au gouvernement, s'est abstenu de le limoger, dans un contexte électoral tendu. Des propositions de dissolution de la Knesset ont été déposées, et des élections pourraient avoir lieu dès septembre ou octobre.



