Azerbaïdjan : les tiktokers, nouvelles cibles de la répression
Azerbaïdjan : les tiktokers, nouvelles cibles de la répression

En Azerbaïdjan, la répression s'étend désormais aux influenceurs TikTok. Après les journalistes et les opposants politiques, ce sont maintenant les créateurs de contenus populaires sur la plateforme chinoise qui sont arrêtés. Selon des organisations de défense des droits humains, au moins cinq tiktokers ont été placés en détention au cours des dernières semaines, accusés de « provocation » et de « trouble à l'ordre public ».

Une nouvelle cible pour le régime

Le régime du président Ilham Aliev, au pouvoir depuis 2003, a toujours été critiqué pour son traitement des voix dissidentes. Mais cette fois, la répression s'étend à un domaine inattendu : les réseaux sociaux, et plus particulièrement TikTok, où de jeunes Azerbaïdjanais expriment leurs frustrations quotidiennes. Ces vidéos, souvent humoristiques ou satiriques, abordent des sujets comme la cherté de la vie, le chômage ou la corruption.

Parmi les personnes arrêtées, on compte Elchin G. (25 ans), suivi par plus de 200 000 abonnés. Il a été interpellé à son domicile à Bakou le 2 août dernier. Ses proches affirment qu'il a été emmené sans mandat et qu'il est détenu au centre de détention de la capitale. Selon sa sœur, il aurait été interrogé sur une vidéo dans laquelle il se moquait de la hausse des prix des produits alimentaires.

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Des accusations floues et disproportionnées

Les autorités justifient ces arrestations par la nécessité de « protéger l'ordre public » et de « lutter contre les fausses informations ». Mais les avocats des personnes arrêtées dénoncent des accusations « vagues et disproportionnées ». Ils soulignent que les vidéos incriminées ne contiennent aucun appel à la violence ni incitation à la haine.

« C'est une nouvelle étape dans la répression systématique de toute expression indépendante », déclare Leyla Mamedova, avocate de l'un des tiktokers arrêtés. Selon elle, le régime cible désormais les jeunes qui utilisent les réseaux sociaux pour contourner les médias contrôlés par l'État. « TikTok est devenu un espace de liberté, et cela dérange les autorités », ajoute-t-elle.

Un climat de peur chez les influenceurs

Depuis ces arrestations, de nombreux influenceurs azerbaïdjanais ont supprimé leurs comptes ou cessé de publier. Certains ont fui le pays. Un créateur de contenu, qui a requis l'anonymat, confie : « Nous avons peur. Même une blague peut nous envoyer en prison. » Il raconte que ses vidéos, qui comptaient des millions de vues, ont été retirées de la plateforme.

Les réseaux sociaux sont pourtant devenus un exutoire pour une population jeune, confrontée à un chômage élevé (environ 14 % chez les moins de 25 ans) et à un mécontentement croissant. Selon un rapport de l'ONG Human Rights Watch, publié en 2025, la liberté d'expression en Azerbaïdjan est « sévèrement restreinte », avec des poursuites pénales pour des publications en ligne.

La communauté internationale réagit

Plusieurs organisations internationales, dont Amnesty International et Reporters sans frontières, ont condamné ces arrestations. Dans un communiqué, Amnesty a appelé les autorités azerbaïdjanaises à « libérer immédiatement les tiktokers détenus et à cesser de criminaliser l'expression en ligne ». L'Union européenne a également exprimé sa préoccupation, demandant à Bakou de respecter les droits fondamentaux.

Le gouvernement azerbaïdjanais, de son côté, rejette ces critiques. Il affirme que ses actions visent à « maintenir la stabilité » et que les influenceurs arrêtés ont enfreint la loi. Le ministère de l'Intérieur a déclaré que les enquêtes sont menées « conformément à la législation nationale ».

Une répression qui s'étend

Cette nouvelle vague de répression intervient alors que l'Azerbaïdjan se prépare à accueillir la COP29 en novembre 2026. Le pays, qui cherche à soigner son image internationale, se trouve sous le feu des projecteurs. Certains analystes estiment que ces arrestations pourraient nuire à cette image, mais d'autres pensent que le régime ne changera pas de cap.

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Pour les tiktokers azerbaïdjanais, la marge de manœuvre est de plus en plus étroite. Beaucoup craignent que cette répression ne les contraigne à l'exil ou au silence. « Nous voulions juste nous exprimer, mais maintenant, même cela est devenu impossible », confie l'un d'eux.