Pour la première fois depuis les années 90, les États-Unis de Donald Trump ont autorisé l’Iran à vendre librement son pétrole à travers le globe pendant une période de 60 jours, soit jusqu’au 21 août, en suspendant les sanctions qu'ils lui imposaient. Ce revirement inédit s’ajoute aux nombreuses mesures favorables à Téhéran inscrites dans l’accord signé par les États-Unis le 17 juin, visant à mettre fin au conflit en cours au Moyen-Orient et déclenché par Donald Trump.
Une licence historique du Trésor américain
Selon l’agence de presse spécialisée en économie Bloomberg, la licence délivrée ce lundi 22 juin par le département du Trésor américain permettra aussi à la République islamique de vendre son pétrole en dollars, ouvrant même la voie à d’éventuelles importations de pétrole iranien par les États-Unis. Une rupture totale avec toute l’architecture des sanctions construites contre l’Iran depuis vingt ans, souligne le Wall Street Journal. Et notamment avec la campagne de "pression maximale" lancée par Donald Trump après le retrait de Washington de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015.
Levée du blocus et restitution des avoirs
Le nouvel accord conclu la semaine dernière avec l’Iran prévoit également la levée du blocus des ports iraniens, la restitution progressive de milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés à l’étranger et la création d’un fonds de 300 milliards de dollars pour aider l’Iran à se reconstruire après les bombardements américains et israéliens. Selon le Wall Street Journal, la levée des sanctions contre le pétrole iranien annoncée ce lundi par Washington s'accompagne d'une suspension des sanctions visant la Banque centrale iranienne et des entités liées auparavant à des activités considérées comme terroristes.
Impact sur les prix du pétrole
L’annonce de cet assouplissement supplémentaire des règles envers l’Iran vient renforcer les signes d’une baisse des prix du pétrole, alors que le marché anticipait déjà une forte hausse de l’offre mondiale. Le baril de Brent est retombé lundi à 77 dollars, un niveau qui n’avait plus été observé depuis le début de la guerre fin février. Selon Bloomberg, l’Iran s’est déjà employé depuis la signature de l’accord avec Washington à acheminer plusieurs millions de barils supplémentaires vers les marchés internationaux, après des semaines de perturbations de l’approvisionnement mondial en raison de la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz.
Jusqu’à trois milliards de dollars en deux mois
Autre avantage immense pour l’Iran : cette nouvelle licence délivrée par le Trésor américain autorise aussi l’utilisation de navires jusqu’ici sanctionnés pour transporter le pétrole iranien. Ce qui pourrait permettre à l’Iran d’abandonner ou de légaliser temporairement la "flotte fantôme" qui lui permettait jusqu’ici de continuer à transporter son pétrole en contournant les règles américaines. Avec l’addition de ces facteurs, les exportations iraniennes pourront désormais être étendues à de nombreux pays.
Selon l’agence de presse Reuters, Téhéran pourrait ainsi gagner jusqu’à trois milliards de dollars durant cette suspension des sanctions de deux mois. Qui pourrait même rapporter "des dizaines de milliards de dollars si elle était rendue permanente". Alors qu’il était contraint par les sanctions de vendre son pétrole au rabais — jusqu’ici vendu à 90 % à la Chine à travers un réseau opaque, et à l’Inde qui a acheté sa première cargaison durant le conflit — l’Iran pourra désormais se permettre de vendre aux prix du marché.
Vives critiques aux États-Unis
Cette réouverture du marché iranien provoque de vives critiques aux États-Unis, notamment dans les rangs républicains. Le sénateur de Louisiane Bill Cassidy a dénoncé un accord qui laisse selon lui "l'Iran plus fort et les États-Unis plus faibles", estimant que Téhéran est récompensé malgré l'absence de garanties suffisantes sur son programme nucléaire, tandis que Ted Cruz ou John Cornyn ont exprimé leurs réserves, d’autres élus qualifiant les mesures de l'accord d'"affreuses". La crainte principale des conservateurs : voir affluer vers Téhéran des milliards de dollars susceptibles de financer son influence au Moyen-Orient.



