La Bolivie a officiellement adopté une nouvelle stratégie de lutte contre le narcotrafic, calquée sur le modèle sécuritaire prôné par les États-Unis. Ce changement de cap, qualifié de « véritable revirement » par les observateurs, marque une rupture nette avec la politique menée depuis 2006 par Evo Morales et poursuivie par Luis Arce.
Le gouvernement bolivien a présenté un plan qui met l'accent sur la répression, la coopération avec les agences américaines et l'éradication forcée des cultures de coca. Cette approche contraste avec la politique antérieure, qui privilégiait le dialogue avec les producteurs et la légalisation partielle de la feuille de coca pour des usages traditionnels.
Un changement de cap radical
Selon des sources officielles, le nouveau plan prévoit une augmentation de 40 % du budget alloué aux opérations antidrogue, avec un accent particulier sur la traque des laboratoires de cocaïne et des réseaux de trafiquants. Le ministre de l'Intérieur, Carlos Eduardo del Castillo, a déclaré : « Nous ne pouvons plus tolérer que la Bolivie soit perçue comme un sanctuaire pour les narcotrafiquants. »
Ce virage intervient dans un contexte de pression américaine croissante. Les États-Unis ont conditionné une partie de leur aide économique à des progrès tangibles dans la lutte antidrogue. En 2024, la DEA a renforcé sa présence en Bolivie, après avoir été expulsée en 2008.
Réactions contrastées dans le pays
Les syndicats de producteurs de coca, traditionnellement proches du parti au pouvoir, ont exprimé leur colère. Un représentant des cocaleros a affirmé : « Cette politique va criminaliser notre culture ancestrale. » En revanche, les secteurs conservateurs et une partie de la population urbaine saluent ce durcissement.
Les experts estiment que ce revirement pourrait avoir des conséquences politiques majeures. D'après une analyse de l'Institut bolivien d'études sociales, le gouvernement Arce risque de perdre le soutien des mouvements sociaux paysans, qui constituent sa base électorale historique.
Impact régional et international
Ce changement de politique pourrait également modifier les équilibres régionaux. La Bolivie, qui faisait partie de l'axe anti-impérialiste avec le Venezuela et Cuba, se rapproche désormais des positions de Washington. Le Pérou et la Colombie, voisins également confrontés au narcotrafic, observent avec attention cette évolution.
Selon un rapport de l'ONUDC, la Bolivie a connu une augmentation de 25 % des surfaces cultivées en coca entre 2020 et 2025, malgré les efforts d'éradication. Le nouveau plan vise à inverser cette tendance en intensifiant les destructions de plantations.
Ce virage sécuritaire suscite des interrogations sur le respect des droits humains. Des organisations comme Human Rights Watch ont mis en garde contre les risques de violences policières et de criminalisation des petits producteurs. Le gouvernement assure que les opérations respecteront le cadre légal.



