Yves Lacoste : la géographie menée au sommet de son art
Yves Lacoste : la géographie au sommet de son art

Yves Lacoste, l’un des plus grands géographes français, est décédé à l’âge de 95 ans. Fondateur de la revue Hérodote en 1976, il a profondément renouvelé la discipline en la liant à la géopolitique et à l’analyse des conflits.

Un géographe engagé dans son siècle

Né en 1929, Yves Lacoste a marqué la géographie française par son approche critique et son engagement politique. Il a notamment participé à la guerre d’Algérie en tant que cartographe, expérience qui l’a conduit à réfléchir au rôle de la géographie dans les rapports de pouvoir. Selon le géographe Michel Foucher, « Yves Lacoste a su faire de la géographie une arme de connaissance et d’action ».

Sa thèse, La Géographie, ça sert d’abord à faire la guerre, publiée en 1976, est devenue un classique. Elle démontre comment la connaissance du territoire est utilisée par les États pour dominer. L’ouvrage s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires, un chiffre exceptionnel pour un essai universitaire.

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Hérodote, une revue qui a fait école

La revue Hérodote, qu’il a fondée et dirigée pendant des décennies, a imposé une nouvelle manière de faire de la géographie : non plus descriptive, mais explicative et politique. Elle a accueilli des articles sur les conflits du monde entier, du Vietnam à l’Afghanistan, en passant par le Proche-Orient. « Il a inventé la géopolitique à la française », souligne l’historienne Marie-Claire Robic.

Lacoste a également dirigé la publication de l’Atlas géopolitique (Flammarion), régulièrement mis à jour, qui analyse les tensions contemporaines. Il a formé plusieurs générations de géographes, dont beaucoup enseignent aujourd’hui dans les universités françaises.

Un héritage intellectuel durable

Au-delà de ses travaux, Yves Lacoste a laissé une méthode : celle de la « géographie critique », qui interroge les représentations spatiales et les intérêts cachés derrière les cartes. Il a popularisé des concepts comme « l’espace vécu » ou « le territoire ». Son influence dépasse le monde académique : il a collaboré avec des médias comme Le Monde diplomatique et participé à des débats publics.

Sa disparition suscite de nombreux hommages. Le géographe Christophe Guilluy, auteur de La France périphérique, a déclaré : « Yves Lacoste nous a appris à lire le monde à travers ses fractures. Son œuvre est plus que jamais d’actualité. »

Yves Lacoste laisse une œuvre foisonnante, marquée par une volonté constante de lier savoir et action. Sa géographie, loin d’être une science neutre, se voulait un outil de compréhension et de transformation du monde.

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