La décision française d'interdire le démarchage téléphonique, annoncée pour 2026, suscite une vive inquiétude au Maroc. Selon les professionnels du secteur, plus de 40 000 emplois directs sont menacés dans le royaume, où l'industrie des centres d'appels est un pilier économique majeur.
Une décision française aux répercussions majeures
Le gouvernement français a récemment confirmé son intention d'interdire le démarchage téléphonique, une pratique jugée intrusive par de nombreux consommateurs. Cette mesure, qui doit entrer en vigueur en 2026, vise à protéger les Français contre les appels non sollicités. Cependant, elle risque de fragiliser l'économie marocaine, qui a bâti une partie de sa croissance sur l'externalisation des centres d'appels vers la France.
Selon l'Association marocaine des centres d'appels (AMCA), environ 40 000 emplois directs dépendent de cette activité. En incluant les emplois indirects, le nombre de personnes affectées pourrait atteindre 100 000. "C'est un choc pour notre secteur", a déclaré le président de l'AMCA, Youssef Benali, lors d'une conférence de presse à Casablanca. "Nous comprenons la volonté de protéger les consommateurs, mais il faut trouver des solutions de transition."
Un secteur stratégique pour l'économie marocaine
Le secteur des centres d'appels représente environ 2 % du PIB marocain et constitue l'un des principaux employeurs de jeunes diplômés. Les villes de Casablanca, Rabat et Tanger concentrent la majorité de ces emplois. Les entreprises marocaines, souvent des filiales de groupes français, ont investi massivement dans des infrastructures modernes pour répondre aux exigences du marché hexagonal.
La fin du démarchage téléphonique pourrait entraîner une réduction drastique des volumes d'appels. Les centres d'appels, qui traitent également des tâches de service client, pourraient toutefois se reconvertir. "Nous devons diversifier nos activités vers le numérique et le support technique", a ajouté M. Benali. "Mais cela nécessite des investissements et une formation accrue."
Des négociations en cours entre les deux pays
Des discussions sont en cours entre les gouvernements marocain et français pour atténuer l'impact de cette mesure. Le Maroc a demandé une période de transition plus longue et des programmes de reconversion professionnelle. De son côté, la France assure vouloir accompagner les travailleurs concernés, mais sans préciser les modalités.
Les syndicats marocains appellent à des mesures d'urgence. "Nous demandons au gouvernement de mettre en place un plan de sauvegarde de l'emploi", a déclaré le secrétaire général de l'Union marocaine du travail, Miloudi El Moussaoui. "Il est inacceptable que des milliers de familles se retrouvent sans ressources du jour au lendemain."
Quelles alternatives pour les centres d'appels marocains ?
Les professionnels envisagent plusieurs pistes de diversification. Outre le service client, les centres d'appels pourraient se tourner vers le marketing digital, la modération de contenu ou encore le support technique pour des entreprises internationales. Certains misent sur l'émergence de l'intelligence artificielle pour offrir des services innovants.
Le gouvernement marocain a déjà annoncé un plan de soutien de 500 millions de dirhams (environ 46 millions d'euros) pour aider les entreprises à se reconvertir. Cependant, les acteurs du secteur jugent ce montant insuffisant. "Nous avons besoin d'un accompagnement plus conséquent pour former nos employés aux métiers de demain", a insisté Youssef Benali.
En attendant, l'incertitude plane sur les milliers de salariés qui vivent de cette activité. Le Maroc espère que des solutions de compromis seront trouvées avant l'échéance de 2026, afin de préserver un secteur clé de son économie.



