Didier Auriol : 'Le rallye, c'était que du plaisir, sans contraintes'
Didier Auriol : 'Le rallye, c'était que du plaisir'

En 1994, l'Aveyronnais Didier Auriol devenait le premier Français à s'adjuger le titre de champion du monde des rallyes. Trente-deux ans plus tard, cet amoureux du pilotage garde en mémoire ses plus belles victoires, mais surtout le bonheur d'avoir vécu l'âge d'or de son sport.

Des débuts modestes à la consécration mondiale

Didier Auriol se passionne pour le sport automobile seulement après sa majorité, une fois son permis B obtenu. « J'adorais m'amuser à essayer de faire glisser ma Simca 1000 », se remémore-t-il. Il commence comme spectateur au Critérium des Cévennes. « Je voyais passer les pilotes, je me disais, ils sont bons, ils vont vite, mais je suis sûr que je peux en faire autant ! » Alors, il franchit le pas et s'engage dans ses premières courses. « Je me suis lancé le défi de me dire, un jour, je serai champion du monde. » Et il le sera en 1994, aux côtés de son copilote Bernard Occelli.

Une saison 1994 marquée par la régularité

Sur sa Toyota Celica, Auriol est le plus régulier et devance des légendes : l'Espagnol Carlos Sainz, le quadruple champion du monde Juha Kankkunen et l'Écossais Colin McRae. « Ce n'était pas ma meilleure saison ! », nuance pourtant l'intéressé. Tout commence mal avec un abandon au Monte-Carlo. Mais sa régularité fait la différence : six podiums en dix manches, dont trois victoires au Tour de Corse, en Argentine et à San Remo. « Le rallye d'Argentine était un grand moment car tout le long, on s'est battu à coups de secondes avec Carlos (Sainz) », se rappelle le pilote. En Italie, il surmonte des problèmes de fiabilité et une maladie : « J'étais épuisé, mais on est resté dans le coup et on arrive à gagner. Après la dernière spéciale, je sors de la voiture et je m'écroule par terre de fatigue. »

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Auriol prend un avantage décisif avant la dernière manche au Pays de Galles. Mais dès les premières spéciales, il endommage sa voiture après avoir heurté une pierre sur un dos-d'âne. « Ce n'était pas de ma faute ! », s'amuse-t-il. Le retard est grand et Carlos Sainz file vers la victoire. « On était tributaires de son résultat », concède Auriol. Mais il s'accroche et attend la faute de son rival. Elle arrive dans la 24e des 29 spéciales : Sainz se sort et abandonne. Didier Auriol est champion du monde. « C'est triste pour Carlos, mais ça fait partie de la course. Cette fois, c'était pour moi », souligne-t-il.

Un titre qui change tout... ou pas

Qu'est-ce que ce titre change ? « C'était surtout important pour remercier mes proches, mon équipe, mes sponsors et tout l'univers du rallye qui attendait un Français champion du monde. Sinon, personnellement, je ne courais pas pour ça. Ce que je souhaitais, c'était surtout d'avoir une voiture compétitive et me battre devant », raconte Auriol. Pourtant, l'histoire retient cette date du 23 novembre 1994.

L'Aveyronnais retient surtout le plaisir d'attaquer, sur terre comme sur asphalte, les spectateurs en folie et son quatre cylindres turbo rugissant. « Le rallye, c'était que du plaisir, il n'y avait jamais de contraintes », se souvient-il, un brin nostalgique. « Il n'y avait pas vraiment de rivalité directe avec les pilotes. Les soirs, on se retrouvait ensemble au restaurant, on appréciait et on prenait le temps. » Une époque bénie : « Les courses étaient longues et très dures. On roulait tout le temps, de jour, de nuit, sous la neige avec des voitures exigeantes physiquement. Même si ça reste impressionnant, tout est tellement aseptisé aujourd'hui… »

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Un parcours semé d'embûches

Ce titre est aussi le fruit d'un parcours difficile. « Je suis parti d'en bas car je n'avais pas les moyens », se souvient Auriol, qui conserve une réplique de sa fameuse Ford Escort rose avec laquelle il a gagné son premier rallye, la Ronde du Quercy 1982. Il a dû batailler en championnat de France, qu'il gagne à trois reprises : en 1986 avec sa MG Metro 6R4, puis en 1987 et 1988 à bord d'une Ford Escort Cosworth. En 1988, après une troisième place au rallye de Finlande, il signe chez Lancia. « À l'époque, les équipes usine n'osaient pas signer des pilotes de pays latins car on était considérés comme rapides sur asphalte mais pas suffisamment bons sur terre, explique celui qui a aujourd'hui 67 ans. Avec Carlos Sainz, on a prouvé qu'on pouvait être rapides partout et on a cassé cette image. »

Les regrets et l'héritage

En 1992, sur sa Lancia, Auriol remporte six rallyes, un record à l'époque, égalé puis dépassé par Sébastien Loeb. Mais Carlos Sainz, sur Toyota, est plus régulier. « Je n'ai pas vraiment de regrets. Mais c'est vrai que ça aurait été beau car c'était sûrement ma meilleure saison », exprime-t-il. Il a aussi écrit sa légende sur le Tour de Corse, qu'il a gagné six fois, record de l'épreuve.

Son plus gros regret concerne les saisons 1995, 1996 et 1997 : « Elles auraient dû être mes meilleures années mais je n'ai pas vraiment pu courir à cause de cette histoire de tricherie », rappelle-t-il. Après le rallye de Catalogne en 1995, Toyota est exclu du WRC pour une tricherie sur la bride du turbo. Sans stabilité, Auriol joue l'intérim sans succès majeur. Trente ans plus tard, il ne garde pas d'amertume et se dit impressionné par le lien qui l'unit encore à la communauté rallye. « Je suis encore surpris aujourd'hui, même loin, à l'étranger, des gens me reconnaissent, ça fait très plaisir. Même des jeunes ont gardé beaucoup de souvenirs de cette époque qui commence à dater ! » Le privilège d'être, pour toujours, le premier champion du monde français de rallye.