Le 4 novembre 1911, le quotidien « Le Journal » révélait à la une la liaison entre Marie Curie, veuve du célèbre physicien Pierre Curie, et Paul Langevin, ancien élève de ce dernier, marié et père de quatre enfants. L’affaire déclencha une tempête médiatique et judiciaire, alimentée par la misogynie, la xénophobie et l’antisémitisme de l’époque.
Une passion née dans le secret
Après la mort accidentelle de Pierre Curie en avril 1906, Marie Curie sombre dans le deuil. Mais en 1910, elle écrit dans son journal intime : « Après quatre ans de solitude, de deuil, de silence, je retrouve un compagnon de vie, mais aussi de science. » Paul Langevin, de quatre ans son cadet, est un brillant professeur au Collège de France. Le couple loue un deux-pièces dans le 13e arrondissement de Paris pour vivre leur amour en secret.
Le scandale éclate
La discrétion ne dure pas. Le 4 novembre 1911, « Le Journal » titre en une : « Une histoire d’amour : Mme Curie et le Pr Langevin ». La révélation survient alors que les amants participent au congrès Solvay à Bruxelles, réunissant les plus grands scientifiques de l’époque. La société française de la Belle Époque, qui tolère les maîtresses pour les hommes mariés, juge sévèrement une veuve libre et indépendante.
Des attaques multiples
Marie Curie, née Maria Skłodowska en Pologne, est prise pour cible en raison de ses origines étrangères et de son statut de femme scientifique. Les attaques mêlent xénophobie et antisémitisme, bien qu’elle ne soit pas juive. Paul Langevin, bien que critiqué, est moins stigmatisé. La presse à scandale s’empare de l’affaire, et des lettres intimes sont publiées, alimentant la polémique.
Conséquences et postérité
Le scandale affecte la carrière de Marie Curie : en 1911, elle reçoit son second prix Nobel de chimie, mais l’Académie des sciences française lui recommande de ne pas se rendre à la cérémonie à Stockholm. Elle y va néanmoins, affirmant que « la science n’a pas de patrie ». L’affaire contribue à renforcer les préjugés contre les femmes dans le milieu scientifique. Malgré tout, Marie Curie poursuit ses recherches, devenant une icône de la science moderne.



